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Le plan de relance gouvernemental ne corrigera pas l’affaiblissement structurel de l’Etat

Alors que le plan de relance de 100 milliards d’€ - déjà largement esquissé dans les médias ces derniers jours – a été officiellement dévoilé ce matin par le Premier ministre, il est présenté en commission à l’Assemblée nationale cet après-midi avec un temps de parole limité à 2 minutes par groupe.

Deux minutes pour 100 milliards d’euros ! Deux minutes pour interroger Bruno Le Maire, ministre de l’Economie et des Finances et Bruno Dussopt, ministre délégué chargé des Comptes publics : c’est la démocratie sablier, c’est moins de temps qu’il ne faut que pour faire cuire un œuf à la coque.

Si le diagnostic sur l’ampleur et la profondeur de la crise est très largement partagé, une crise sociale à venir dont la présidente de l’observatoire des inégalités dit qu’elle est « la dernière mutation du virus », le plan lui-même est loin de faire l’unanimité.

Le gouvernement met 100 milliards sur la table. Ce n’est pas rien il faut le dire, en observant que les libéraux sont finalement capables de faire sauter le dogme des 3% de déficits publics quand leurs intérêts vitaux sont en jeu.

En 120 secondes face aux ministres, nous ne pouvions que mettre l’accent sur la face B de ce plan.

La face B, c’est la mauvaise réforme des retraites qui revient par la fenêtre à la faveur de ce plan parce qu’elle fait partie du deal avec l’Europe libérale, de l’aveu même de Clément Beaune, secrétaire d’Etat aux affaires européennes.

La face B c’est qu’à l’heure où nos voisins allemands font le choix d’appuyer sur la demande avec la baisse de la TVA pour relancer l’emploi, le gouvernement s’obstine dans la logique du quinquennat : l’offre à tout prix ! Au nom du ruissellement, il inscrit sans contreparties sociales, environnementales et d’emplois 20 milliards de cadeaux fiscaux aux entreprises. Ses mesures ne rempliront pas les carnets de commande des entreprises, des TPE notamment.

La face B à l’heure où on parle de souveraineté alimentaire, c’est l’agriculture, qui ne pèse que 1% du plan. C’est aussi la pêche, les ports, le maritime avec seulement 250 millions d’euros, presque une aumône. Le gouvernement ne devra pas oublier dans cette enveloppe le secteur stratégique du Transmanche.

La face B du plan, c’est qu’il n’est pas à la hauteur des urgences environnementales. 30 milliards d’euros, c’est certes une somme pour verdir, mais ce n’est pas le levier suffisant pour assurer, dans la durée, la transition écologique de l’économie.

La face B, c’est que les précaires, les invisibles, premières victimes de la crise sont le maillon faible du plan avec 800 millions de mesures de soutien, incluant le secteur associatif.

La face B, c’est l’absence de relance de l’emploi public notamment pour les métiers du lien dont la crise a révélé le caractère vital.

La face B, avec les cadeaux faits aux entreprises sans contreparties, sans mettre à contribution les gagnants - l’assurance, la grande distribution, les très hauts revenus - c’est la fragilisation à moyen terme des recettes indispensables aux politiques publiques et services publics.

Derrière le volontarisme et l’affichage d’un retour de l’Etat, on peut craindre que ce plan one shot ne corrige pas son affaiblissement structurel en marche depuis le début du quinquennat Macron.

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