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Questions au gouvernement

Situation en Syrie

Monsieur le Premier ministre, une opportunité diplomatique et politique, dans le cadre de l’ONU, commence à se dessiner pour éradiquer Daech. La solution ne réside pas dans des frappes aériennes sporadiques, ni dans la disparition de Bachar al Assad. Tels sont pourtant les deux volets de la doctrine du Gouvernement, malgré les leçons du fiasco libyen.
La focalisation sur la personne de Bachar al Assad mène à une impasse. Cette réalité doit primer la posture qui amène notre diplomatie à mettre sur le même plan le régime syrien et Daech. Ces criminels ne relèvent pas de la même nature. Il y a, d’un côté, une dictature sanguinaire et, de l’autre, une horreur totalitaire ayant pour ambition de détruire l’humanité.
Aussi ne s’agit-il pas de faire un choix mais de mettre un terme au chaos dans la région, en Syrie comme en Irak. La solution passe par la possibilité pour les sunnites de trouver leur place dans un nouvel ordre national, seule alternative à la radicalisation. Elle passe également par l’étranglement financier de l’État islamique, qui bénéficie de complicités. Elle passe enfin par la voix démocratique, en laissant au peuple syrien le choix de son gouvernement.
Rapidement, le consensus doit être établi pour mettre en place une forte coalition sous l’égide de l’ONU. Notre diplomatie doit contribuer à rassembler la communauté internationale par l’ouverture de négociations incluant les puissances régionales et internationales, y compris des représentants du régime syrien. Il serait donc irresponsable de balayer le plan russe du revers de la main.
Monsieur le Premier ministre, l’exécutif est-il prêt à travailler en ce sens et à sortir de son isolement croissant sur la scène diplomatique ? (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe de la Gauche démocrate et républicaine.)
M. le président. La parole est à M. le ministre de la défense.
M. Jean-Yves Le Drian, ministre de la défense. Monsieur le député, ma réponse s’inscrira dans le prolongement de l’intervention du Premier ministre, mais j’ajouterai un élément à la discussion et à votre interrogation, à savoir le fait que, comme vous le savez – c’est désormais public –, les forces russes ont frappé en Syrie. Toutefois, curieusement, elles n’ont pas frappé Daech ; je vous laisserai en tirer vous-même un certain nombre de conclusions.
Je voudrais vous dire trois choses. Premièrement, la France frappe Daech depuis plus d’un an, dans le cadre de la coalition. Elle a été la seconde à intervenir. Elle continue à le faire en Irak semaine après semaine et poursuit la formation des militaires irakiens ou kurdes qui, ensuite, devront faire respecter l’intégrité du territoire irakien.
La France frappe Daech en Syrie, car c’est en Syrie que se préparent aujourd’hui, dans des centres d’entraînement, dans des lieux stratégiques, des initiatives pour former des combattants étrangers à intervenir, soit en France, soit chez nos alliés. Nous agissons là en pleine autonomie, mais aussi en légitime défense.
Bien évidemment, vous l’avez dit, la solution ne sera pas exclusivement militaire : il faut une solution politique. Mais on en connaît les bases : elle est sur la table depuis la conférence de Genève, il y a trois ans, et a été reprise par le Président de la République devant l’Assemblée générale des Nations unies. Elle suppose un gouvernement de transition, d’union syrienne, où figureront des éléments du régime, sans Bachar al Assad, l’auteur du chaos, mais avec l’opposition syrienne, qui combat Daech sur le terrain. Elle suppose aussi la reconnaissance et le soutien des pays de la région, ainsi que le soutien de la communauté internationale, en y incluant bien sûr l’Iran et la Russie, qui doivent être des partenaires dans la recherche de la solution. Il ne faut pas imposer la solution Bachar, dont on a vu ce qu’elle a donné. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe socialiste, républicain et citoyen.)

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