Propositions

Débat sur le développement des transports ferroviaires

C’est le groupe GDR qui a demandé ce débat : nous pensons en effet que l’effort du Gouvernement en direction du rail n’est pas à la hauteur des défis économiques, environnementaux et sociaux auxquels est aujourd’hui confronté notre pays.
J’en veux pour preuve le fameux grand emprunt voté hier par l’Assemblée nationale dans lequel, sur 35 milliards d’euros, il n’y a rien, je dis bien rien, pour le développement du transport ferroviaire dans notre pays.
Vous allez me répondre, je le sais, que le plan de relance et le Grenelle de l’environnement ont prévu des efforts. Mais le ciblage trop restreint de ces efforts, le flou sur les sommes réellement allouées et les incertitudes sur la durée de mise en œuvre des projets, s’ils marquent un affichage, voire une intention, ne correspondent pas à une vraie et forte volonté politique d’accorder la priorité au transport par rail.
Or c’est une des questions majeures pour l’avenir – et l’avenir immédiat, que ce soit au plan du développement économique, au plan de la diminution des gaz à effet de serre ou au plan de la sécurité. Et le problème n’est pas d’opposer les lignes à grande vitesse aux lignes classiques, de refuser de moderniser les unes sous prétexte que l’on s’occupe des autres. Nous avons besoin d’un immense effort de modernisation des infrastructures, des matériels, du maillage territorial, de développement du fret sur l’ensemble de notre réseau ferré.
En ce sens, c’est bien une erreur de n’avoir pas prévu, dans le grand emprunt, d’investissement massif dans le ferroviaire.
Mme Catherine Coutelle. Oui, c’est dommage !
M. Jean-Claude Sandrier. Cet oubli, que j’avais indiqué au Premier ministre lors de la rencontre avec les présidents de groupe, n’a pas échappé à la sagacité du rapporteur général du budget de l’Assemblée nationale, qui a proposé hier de réserver une partie des 35 milliards d’euros au ferroviaire.
Monsieur le ministre, vous pouvez encore rattraper le coup, si j’ose dire, et d’abord en obtenant de Bercy une rallonge financière pour notre réseau ferré à l’occasion du Grenelle 2.
À ce propos, je veux vous soumettre deux propositions qui concernent ma région – mais pas seulement ma région.
Ma première proposition, pour laquelle j’ai déposé un amendement dans le cadre du projet de loi portant engagement national pour l’environnement, est de se donner les moyens de moderniser la radiale Paris-Orléans-Limoges-Toulouse sur toute sa longueur, en investissant de façon plus importante dans les infrastructures et les matériels.
La France dispose de trois radiales ferroviaires ; elle a besoin des trois – pour des raisons de maillage territorial, mais pas seulement. Elle en a besoin aussi en raison de la saturation des deux autres radiales, vers Lyon et vers Bordeaux, qui seront de toute façon demain – ligne à grande vitesse ou pas – toujours saturées. Elle en a besoin, si cette volonté affirmée de développement du fret ferroviaire a un sens. Elle en a besoin pour la préservation de notre environnement sur un axe où 80 % du trafic logistique se fait par camions.
Cette proposition présente un autre intérêt, qui est loin d’être le moindre : la modernisation de cette ligne peut être immédiate, avec un coût sans comparaison avec celui d’une ligne à grande vitesse. Cela rend l’objectif de développement et de modernisation de la ligne Paris-Orléans-Limoges-Toulouse tout à fait crédible ; ce serait vraiment efficace, à court et moyen terme.
De plus, je tiens à rappeler que cette radiale comprend cinq carrefours ferroviaires, ce qui permet de desservir sept ports. Il est donc indispensable d’intégrer cette ligne dans la réflexion en cours sur une ligne à grande vitesse Paris-Centre-Auvergne, en prévoyant son interconnexion avec celle-ci.
Je viens de parler de carrefour ferroviaire, et je pense à celui de Vierzon pour aborder ma seconde proposition, qui concerne la transversale Nantes-Lyon.
De gros efforts ont été faits grâce à la région et l’État, avec l’électrification des lignes Tours-Vierzon et bientôt Bourges-Saincaize. Mais cette transversale – classée dans les voies à caractère européen – doit être plus fortement intégrée, notamment dans les efforts de développement du fret. Reliant la façade atlantique, avec le port de Nantes-Saint-Nazaire, à Lyon et au-delà à Turin, c’est une ligne stratégique pour l’Europe, et donc pour la France.
Il est urgent de la retenir comme quatrième autoroute ferroviaire nationale, et d’y favoriser le transport multimodal. Dans cette perspective, le site de Vierzon avec ses trois autoroutes et ses deux lignes ferroviaires, est un carrefour idéal pour la création d’un port sec.
Il convient d’accélérer les études et surtout de prendre des dispositions très concrètes pour financer un développement rapide de ces deux axes importants, non seulement pour les régions traversées, mais aussi pour toute l’économie du pays. Il en va de l’intérêt général.
Monsieur le ministre, vous êtes le mieux placé pour aider le Gouvernement à prendre pleinement conscience de la nécessité et de l’efficacité économique et écologique de l’effort à fournir pour faire franchir au mode de déplacement par fer un véritable bond qualitatif et quantitatif, sans oublier que les hommes et les femmes qui l’utilisent comme celles et ceux qui le font vivre doivent être placés au cœur de cette nouvelle avancée. (Applaudissements sur les bancs des groupes GDR et SRC.)

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