Déclaration du Gouvernement sur l'autorisation de la prolongation de l'intervention des forces françaises au Mali

par Asensi François

La parole est à M. François Asensi, pour le groupe GDR.

M. François Asensi. Monsieur le président, messieurs les ministres, mes chers collègues, il n’était pas acceptable que le Mali tombe sous la coupe des djihadistes qui détournent l’Islam pour asseoir leur volonté de pouvoir terroriste et leur dérive mafieuse.

L’enjeu était essentiel : empêcher que les Maliens se voient imposer un régime de terreur et préserver la stabilité du Sahel.

La France a entendu l’appel à l’aide de ce peuple ami. Pour cette raison, dès janvier, nous avons apporté un soutien clair au principe d’une intervention militaire sous l’égide de la communauté internationale. Nous avons également entendu sa demande de respect de sa dignité.

Notre soutien s’est ainsi assorti d’un certain nombre de réserves, mais incontestablement, nos troupes ont enregistré des succès importants sur le terrain.

À notre avis, le plus dur reste à faire. Cette première étape passée, il est urgent d’aller au fond.

Les succès militaires, par essence fragiles et provisoires, appellent un nouveau dialogue entre la France et le Mali, entre l’Europe et l’Afrique. Si nous n’ouvrons pas cette nouvelle page, les mêmes erreurs conduiront aux mêmes drames.

La déliquescence de l’État malien est la conséquence directe des politiques néolibérales imposées par le FMI et la Banque mondiale, avec malheureusement le soutien des pays développés. Privatisation des services publics, réduction de la dépense, dérégulation sauvage des échanges, ces ajustements structurels ont sapé les bases d’un État qui faisait pourtant figure de modèle démocratique.

Notre aide publique doit enfin soutenir les pays les plus en difficulté, et non appuyer les multinationales dans les pays émergents.

Ce qui est en jeu va au-delà de contrats juteux : il s’agit d’un développement partagé et soutenable de la sécurité et de la paix.

L’avenir du Mali appartient aux Maliens. Nous serons particulièrement vigilants sur le déroulement des futures élections maliennes, par ailleurs indispensables pour asseoir un pouvoir légitime et représentatif de la mosaïque malienne. Notre vigilance sera d’autant plus grande à l’égard du traité bilatéral de coopération militaire entre nos deux pays.

La France n’a pas vocation à maintenir une présence permanente au Mali.

Il est par ailleurs urgent de revoir de fond en comble notre politique d’immigration. Les accords de gestion des flux migratoires doivent être dénoncés.

J’en viens plus précisément à l’objet de notre débat.

Nous soutenons les efforts diplomatiques de la France pour obtenir une nouvelle résolution de l’ONU. La probable création d’une opération de maintien de la Paix, la MINUSMA, va dans le bon sens.

Le maintien d’une présence militaire internationale au Mali est à nos yeux indispensable. Nous n’avons pas le droit d’abandonner le peuple malien et de prendre le risque d’un retour des djihadistes.

Nous y sommes favorables, par pragmatisme également : l’armée malienne n’est pas formée et les troupes africaines demeurent mal armées et mal préparées malgré leur bravoure.

Mais soyons clairs sur la question qui nous est posée aujourd’hui : il ne s’agit pas de voter oui ou non au projet de résolution onusienne porté par la France pour mettre en place une force de maintien de la paix. Si telle était la question, nous voterions oui. Il s’agit de voter sur le maintien d’une présence militaire française, afin de lutter contre le terrorisme en marge de l’ONU mais pas sous le contrôle de l’ONU.

Autre point : la réforme de 2008 a rendu au Parlement le droit donné par la Constitution d’autoriser la guerre, mais une fois le vote d’aujourd’hui acquis, les parlementaires n’auront plus aucun droit de regard dans le futur. Or les conditions de la guerre peuvent évoluer, de même que le contexte diplomatique.

Quand pourra-t-on dire que nos troupes auront rempli leur mission ? Quels seront les objectifs réels de notre présence militaire ? Ces questions fondamentales ont reçu, à nos yeux, des réponses trop évasives. Nous n’accepterons pas une présence durable et permanente de la France au Mali.

Nos interrogations n’ont pas été totalement levées au cours de ce débat. Bien évidemment nous ne voterons pas contre la poursuite de la présence des forces françaises au Mali, mais nous nous abstiendrons. Les députés du Front de gauche réaffirment ici leur solidarité au peuple malien qui peut compter sur leur appui dans la lutte pour sa souveraineté politique et économique. (Applaudissements sur les bancs du groupe GDR.)