Etat au service d'une société de confiance - Lect. déf.

par Wulfranc Hubert

Madame la présidente, monsieur le secrétaire d’État, madame la présidente de la commission spéciale, monsieur le rapporteur, chers collègues, nous voici réunis pour la lecture définitive d’un projet de loi qui se voulait consensuel s’agissant de ses objectifs affichés. En effet, qui ne voudrait améliorer les relations de nos concitoyens avec l’administration, favoriser le dialogue entre eux et faire en sorte que celle-ci conseille et accompagne plus qu’elle ne sanctionne ? Toutefois, améliorer les relations de nos concitoyens avec l’administration n’exigeait pas, selon nous, de procéder à l’écriture d’une loi, moins encore du présent projet de loi, que nous considérons comme un texte attrape-tout.

En réalité, l’ambition de votre réforme est de modifier le cadre de l’action publique au sens large, au détriment des pouvoirs de contrôle et de sanction garantissant le respect de la loi. Au demeurant, les dispositions relatives au droit du travail sont révélatrices de votre état d’esprit.

En effet, vous proposez d’alléger les sanctions encourues par les employeurs en cas de manquement grave à leurs obligations ayant des conséquences sur la santé des salariés. Sur ce sujet, nous débattrons prochainement d’une proposition de loi déposée par notre collègue Pierre Dharréville.

Les sanctions pour les employeurs négligents jugés de bonne foi seront remplacées pas un simple rappel à la loi.

Votre texte est perclus de mesures de ce genre : les entreprises pourront rendre opposables les prises de position, même erronées, de l’administration ; les maîtres d’œuvre du bâtiment pourront transiger avec les normes de construction ; les porteurs de projets d’ampleur pourront se prémunir davantage contre les recours contentieux des associations de protection de l’environnement et des citoyens.

En réalité, avec ce texte, une seule chose vous préoccupe : satisfaire les attentes de groupes de pression et de groupements d’intérêts désireux de bénéficier de l’onction de la loi afin de prolonger leur action, gagner en compétitivité – comme vous dites – et réduire les coûts. Le respect des règles et l’égalité des citoyens devant la loi sont relégués au rang de préoccupations secondaires. Tel est le nouveau concept que vous agitez.

Même si le Conseil d’État et le Conseil économique, social et environnemental ont permis de freiner quelque peu vos ardeurs libérales, nous restons opposés au présent texte, lequel porte en outre gravement atteinte aux pouvoirs de contrôle et de sanction de l’administration publique. En effet, vous y procédez, par petites touches, sous couvert d’expérimentations diverses – dont vous êtes friands –, à une diminution de la valeur normative de la loi, en permettant à l’administration de transiger au cas par cas sur l’application des règles qui s’imposent à tous.

Le droit à l’erreur et le droit au contrôle, que vous érigez sans la moindre prudence au rang de principe de portée générale, pourront servir d’alibi à des comportements frauduleux et à des négligences coupables.

Pour prendre des sanctions, l’administration devra préalablement prouver la mauvaise foi du contrevenant, donc mener une enquête et réunir des éléments à charge. Or nous savons que l’administration, soumise depuis des années à de sévères politiques d’austérité, n’a plus les moyens matériels et humains de mener un tel travail. Elle les aura demain d’autant moins que vous lui confiez la tâche d’exercer de nouvelles missions de conseil et d’accompagnement, tout en poursuivant la politique de réduction des effectifs – 20 000 emplois uniquement dans l’administration des impôts.

Vous envoyez donc aux entreprises un signal clair : elles pourront plus facilement violer certaines règles auxquelles elles doivent se conformer sans risque de sanction. Il s’agit de répondre aux attentes des groupes industriels et financiers en assoupli ssant le respect de normes minimales sur les plans social, économique, administratif ou comptable.

Qu’est-ce donc que cet État au service d’une société de confiance qui renonce à se donner les moyens de poursuivre la grande délinquance, fût-elle financière, économique ou sociale ? À l’issue de ce débat, vous aurez compris, chers collègues, que nous réitérerons notre vote d’opposition au texte. (Applaudissements sur les bancs des groupes GDR et FI.)

M. André Chassaigne. Excellent !