Pn sénat instauration du 27 mai comme journée de la Résistance

par Candelier Jean-Jacques

Mme la présidente. La parole est à M. Jean-Jacques Candelier.

M. Jean-Jacques Candelier. Madame la présidente, monsieur le ministre, madame la présidente de la commission de la défense, madame la rapporteure, mes chers collègues, cette proposition de loi instaure une journée nationale de la Résistance le 27 mai, date anniversaire de la création du Conseil national de la Résistance.

Les parlementaires communistes, au cours des législatures successives, ont toujours défendu cette mesure. Je vous renvoie à la proposition de loi déposée au Sénat le 28 octobre 2007 par Guy Fischer, ou encore à la proposition de loi déposée en octobre 2012 par les députés du Front de gauche, dont moi-même.

Pourquoi commémorer la Résistance en une journée spécifique, alors même que d’autres anniversaires permettent de l’évoquer et de l’honorer, comme le 18 juin ou encore le 8 mai, date de l’armistice ? Célébrer le souvenir du 27 mai 1943 constitue une démarche unique de reconnaissance de l’apport de la Résistance intérieure à la libération et à la reconstruction du pays, tout en honorant les valeurs des résistants. Une telle célébration pourra être l’occasion, pour les enseignants, de transmettre aux élèves la mémoire de cette période historique, mais aussi les valeurs humanistes et d’engagement que symbolisent ces femmes, ces jeunes, ces hommes, ces ouvriers, ces paysans, qui se sont battus jusqu’au sacrifice de leur vie pour sauver notre République.

La date du 27 mai, marquant le début du processus politique de libération du pays, fait l’unanimité. Elle symbolise non seulement l’unification de la Résistance, mais également la volonté de libérer la France par une participation active du peuple français, à travers les Forces françaises de l’intérieur. C’est le 27 mai 1943 que la Résistance, unifiée sous la houlette de Jean Moulin, a exprimé la volonté de trouver, dans sa diversité, le chemin d’une unité patriotique tendant vers un idéal commun.

Cette journée nationale sera dédiée aux valeurs de la Résistance et au souvenir des héros qui ont eu le courage de refuser la capitulation, la collaboration et l’occupation nazie – occupation qui fut particulièrement inhumaine, je le précise à l’attention de certains élus d’extrême droite. Ces résistants, qui faisaient surtout partie de la classe ouvrière, quand la majorité de la droite et du patronat avait fait le choix de la collaboration, ont redonné à la France son identité, bafouée par Vichy. Avec ce texte, nous disons aux jeunes générations qu’il ne faut jamais oublier celles et ceux qui ont fait, au péril de leur vie, le choix de la liberté et de l’honneur. Par leur engagement, ces femmes et ces hommes ont permis d’offrir un avenir à nous tous. Si chacune et chacun d’entre eux mérite, certes, un hommage pour ses qualités personnelles inestimables, c’est également la France du collectif que nous honorons.

L’action des résistants a traduit le principe selon lequel l’avenir des hommes appartient d’abord aux hommes eux-mêmes. Rien n’est écrit d’avance et il faut lutter en permanence, surtout quand le pays est proche de l’abîme. En organisant la Résistance de l’intérieur, ils ont contribué à l’existence de la France dans l’après-guerre et au rétablissement de sa souveraineté et de sa dignité, et ils ont permis de faire échec aux velléités anglo-américaines de mise en place d’une tutelle sur la France. À l’heure où l’administration américaine, arrogante, sans foi ni loi, se permet de nous espionner, n’oublions pas que Roosevelt projetait d’établir une tutelle militaire sur la France après la guerre !

Célébrer le 27 mai, c’est également célébrer la vivacité du programme du CNR.

Ainsi, selon l’exposé des motifs de la présente proposition de loi, le programme du Conseil national de la Résistance « a permis de jeter les bases d’un nouveau contrat social à l’ambition révolutionnaire, qui fonde encore aujourd’hui notre République. La modernité du programme du Conseil national de la Résistance demeure entière. »

Oui, le programme du CNR constitue le socle de notre modèle social, que les libéraux et les réactionnaires s’acharnent encore aujourd’hui à démanteler.

Nous gardons en mémoire les déclarations de Denis Kessler, numéro deux du MEDEF, affirmant qu’il fallait « défaire méthodiquement le programme du CNR ».

Une telle offensive avait suscité l’émoi des résistants qui, le 8 mars 2004, avaient déjà appelé les jeunes générations « à faire vivre et retransmettre l’héritage de la Résistance et ses idéaux toujours actuels de démocratie économique, sociale et culturelle. [...] Comment peut-il manquer aujourd’hui de l’argent pour maintenir et prolonger ces conquêtes sociales, alors que la production de richesses a considérablement augmenté depuis la Libération, période où l’Europe était ruinée ? », s’interrogeaient-ils.

Ils ajoutaient : « les responsables politiques, économiques, intellectuels et l’ensemble de la société ne doivent pas démissionner, ni se laisser impressionner par l’actuelle dictature internationale des marchés financiers, qui menace la paix et la démocratie. »

La destruction du programme du Conseil national de la résistance, c’était la ligne de Sarkozy. C’est toujours la ligne de l’UMP.

M. François Rochebloine. Ça, c’est ce qui s’appelle un dérapage !

M. Jean-Jacques Candelier. Le message est clair aujourd’hui pour le Gouvernement et sa majorité. Alors qu’il aurait fallu tourner la page de la droite, force est de constater que le Gouvernement poursuit et prolonge dans de nombreux domaines les attaques sur les salaires et les traitements des fonctionnaires, aggrave l’austérité, la soumission à l’Union européenne et aux États-Unis, la casse du code du travail, des droits sociaux et des droits à la retraite.

Au nom de quel dogme devrait-on aujourd’hui sacrifier les principes qui ont guidé l’élaboration du programme « Les jours heureux » ? Au nom de la dette ? Au nom de la compétitivité ? Au nom de la mondialisation ? Au nom de l’Union européenne ? Au nom du grand patronat ? Au nom des technocrates de la Cour des comptes ou de la Commission européenne ?

Alors que la crise du capitalisme s’abat sur nous, que le fatalisme progresse – ainsi, mécaniquement, que les idées et les agissements nauséabonds d’extrême droite –, nous devons non seulement rester vigilants, mais aussi ressourcer l’action publique d’aujourd’hui dans un nouveau pacte social et économique.

C’est une tâche brûlante pour tous les vrais républicains. Il faut recréer des marges de manœuvre face au capital, reprendre nos destins en main, donner à voir notre capacité à agir concrètement pour l’amélioration des conditions de vie de chacun.

Le CNR appelait à « l’instauration d’une véritable démocratie économique et sociale, impliquant l’éviction des grandes féodalités économiques et financières de la direction de l’économie », et garantissant « le droit au travail et le droit au repos, notamment par le rétablissement et l’amélioration du régime contractuel du travail ».

Il prônait « le retour à la nation des grands moyens de production monopolisée, fruits du travail commun, des sources d’énergie, des richesses du sous-sol, des compagnies d’assurances et des grandes banques » et appelait à « une retraite permettant aux vieux travailleurs de finir dignement leurs jours ». Rien à voir avec le rapport Moreau sur les retraites !

Citons encore « l’organisation rationnelle de l’économie », la création de la sécurité sociale, des comités d’entreprises, du salaire minimum vital, le droit à l’emploi, les nationalisations ou l’augmentation des salaires.

Oui, il faut redresser la France, en s’inspirant largement d’un programme actualisé du CNR, qui renforcerait notamment la démocratie dans l’entreprise.

Oui, aujourd’hui à nouveau, il faut reconstruire la France dans une perspective d’émancipation nationale, de progrès social, d’éradication du fascisme et du racisme, en nationalisant démocratiquement les banques et les grandes industries, en prônant la coopération pacifique entre les nations, ce qui n’a rien à voir avec le libre-échange qu’on veut nous faire adopter au pas de charge.

Oui, face aux féodalités, à la Commission européenne, au FMI, à la BCE, face à l’OTAN, il faut retrouver le principe de l’indépendance politique et économique de la nation et de la souveraineté populaire pour mener des politiques de progrès social.

Alors que la représentation nationale appelle les enseignants à faire œuvre de pédagogie, je m’y essaie à mon niveau. En aucun cas le Front national des Le Pen ne saurait se réclamer de l’esprit et des valeurs de 1945.

Le Front national usurpe scandaleusement le nom du « Front national », ou « Front national de lutte pour la libération et l’indépendance de la France », organisation politique de la Résistance intérieure française créée par le parti communiste français en mai 1941.

L’usurpateur Jean-Marie Le Pen a d’ailleurs été récemment condamné définitivement pour contestation de crime contre l’humanité par la Cour de cassation suite à ses propos sur l’occupation nazie.

Nous ne sommes pas dupes. Ce n’est pas avec, mais contre l’extrême droite, massivement compromise avec Pétain et Hitler, que s’est construite toute l’action du CNR.

Non seulement le CNR n’a rien à voir avec un parti dont le président d’honneur tient les chambres à gaz pour un « point de détail de la Seconde Guerre mondiale », mais les attaques incessantes des Le Pen contre les travailleurs immigrés et contre le mouvement syndical sont aux antipodes de l’esprit du CNR, dont le programme revendiquait, je le rappelle, le « rôle central du monde du travail » dans la reconstruction d’une France libre et fraternelle.

Établir la centralité du monde du travail dans tous les domaines de la vie sociale, voilà un beau projet d’émancipation sociale.

Le groupe GDR votera bien évidemment ce texte, en espérant rallumer l’espoir.