Politique économique

par Carvalho Patrice

Monsieur le Premier ministre, alors que le Président de la République était en visite officielle aux États-Unis, Pierre Gattaz a livré le fond de sa pensée sur votre pacte de responsabilité. En échange des 35 milliards d’euros que vous lui offrez…

M. Thierry Mariani. Rien ne lui a été offert !

M. Patrice Carvalho. …il ne faut attendre aucune contrepartie de la part du MEDEF. De retour sur le sol français, le patron des patrons a certes adouci son propos, mais quand croyez-vous donc qu’il était le plus sincère ?

Cela fait vingt ans que les mêmes vieilles recettes sont appliquées autour de l’allégement du coût du travail. Les exonérations de cotisations sociales, en particulier, représentaient moins de 3 milliards d’euros par an au début des années quatre-vingt-dix. Nous en sommes à 30 milliards, avec un bond de 55 % en dix ans. Et pour quel résultat en termes d’emplois ?

Les allégements Fillon de 2005 sur les salaires, jusqu’à une fois et demie le SMIC, que vous avez conservés, représentaient 20 milliards d’euros. Avec le CICE et le curseur des exonérations poussé jusqu’à deux fois et demie le SMIC, vous ajoutez encore 20 milliards. Pour quel résultat ? Le seul, c’est un coût du travail en diminution, au profit d’un coût du capital en hausse, qui ne sert ni l’investissement ni l’emploi mais qui sert la spéculation, les dividendes et l’accroissement des déficits.

La croissance ne peut naître d’une telle orientation. Le bon levier, c’est la demande, c’est-à-dire le pouvoir d’achat des salariés et l’encouragement à investir dans l’économie réelle. Bref, ce dont la France a besoin, monsieur le Premier ministre, c’est d’une politique de gauche. (Applaudissements sur les bancs du groupe GDR.)

M. Thierry Mariani. Silence général sur les bancs du groupe SRC !

M. le président. La parole est à M. le ministre de l’économie et des finances.

M. Pierre Moscovici, ministre de l’économie et des finances. Je ne vais pas, monsieur le député, revenir sur de quelconques déclarations. Il y en eut de successives, qui n’étaient pas identiques. Je veux surtout insister sur l’esprit qui anime le Gouvernement, sur ce qui motive le Président de la République et le Premier ministre quand ils lancent un pacte de responsabilité : c’est la volonté que notre pays connaisse plus de croissance, plus d’investissement, qui est une composante à la fois de l’offre et de la demande, et en conséquence plus d’emploi.

Mme Marie-George Buffet. Mais ça ne vient pas !

M. Pierre Moscovici, ministre. À partir de ce constat que notre économie redémarre en effet, que la croissance est positive mais qu’il faut faire plus, le pari que nous faisons, c’est le pari de la croissance. Pour cela, il faut tendre la main aux entreprises. La question n’est pas de savoir si les entreprises sont des amis ou des ennemis : ce sont des partenaires indispensables à la création de richesses dans ce pays.

C’est la raison pour laquelle plusieurs chantiers ont été ouverts. D’abord, celui du financement de la protection sociale, avec la question du coût du travail, qui est essentielle, vous le savez, pour beaucoup d’entreprises. Puis la question de la stabilité et de la lisibilité de la fiscalité des entreprises et celle de la simplification des normes, de l’environnement réglementaire, qui est fondamentale. C’est ce que nous disaient hier les chefs d’entreprise qui étaient à l’Elysée pour ce conseil stratégique de l’attractivité. Tout cela doit se faire évidemment avec une contrepartie, qui sera mesurée par un observatoire : plus d’investissements et plus d’emplois.

M. Philippe Briand. Combien d’emplois ?

M. Patrick Ollier. Quand ?

M. Pierre Moscovici, ministre. Il y a là une démarche qui n’exclut en rien le soutien à la demande. Vous aurez remarqué que les chiffres de la consommation sont solides, et notamment qu’elle a crû de 0,5 % au quatrième trimestre de l’année 2013, et que nous nous préoccupons du pouvoir d’achat. Bref, oui, il faut une politique de gauche. Cette politique de gauche, c’est une politique pour la croissance, une politique pour l’emploi sur laquelle je vous invite à vous engager vous aussi. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe SRC.)