Interventions

Budget de l’Etat

MRP - Nvelle lect. PLF rectificative pour 2011

La parole est à M. Jean-Pierre Brard.
M. Jean-Pierre Brard. Madame la ministre, M. le rapporteur général vient de conclure en disant qu’il n’y avait pas eu de fausse note. Mozart disait : écrire de la musique, c’est mettre ensemble les notes qui s’aiment. Eh bien, si cette définition est vraie, vous me permettrez de ne pas vous comparer à Mozart : il y a, me semble-t-il, une marge de progression, et peut-être même une déficience dans la maîtrise du solfège. (Sourires.) Madame la ministre, pour être tout à fait juste à votre égard, vous avez progressé, à la tribune, dans la maîtrise d’un instrument : la grosse caisse. (Rires sur les bancs du groupe SRC.) Parfois, il faut bien l’avouer, vous n’y allez pas avec le dos de la louche !
Mme Valérie Pécresse, ministre. Il n’y a pas de petit instrument dans un orchestre, monsieur Brard.
M. Gilles Carrez, rapporteur général. Tous les instruments comptent !
M. Jean-Pierre Brard. Vous le revendiquez, madame la ministre, vous assumez, et j’en suis fort aise : il n’y a pas de sot instrument. Dans un langage plus châtié, on ne parle d’ailleurs pas de grosse caisse, mais d’un instrument à percussion.
M. Guy Malherbe. C’est plus élégant.
M. Jean-Pierre Brard. C’est évidemment plus déférent, plus élégant, plus courtois, en un mot plus galant. (Sourires.)
Venons-en à notre propos.
L’INSEE a annoncé la semaine dernière que la France va entrer en récession à la fin de l’année 2011 ou au début de l’année 2012, et que la perspective de croissance de 1 % sur laquelle ce projet de loi de finances rectificative est construit sera « difficile » à atteindre. J’en prends le pari avec vous, madame la ministre : nous nous retrouverons bientôt pour un nouveau projet de loi de finances rectificative. Pourtant, depuis que je suis député – et cela commence à faire un certain temps –, jamais nous n’en avions vu autant ! Mais je crois que vous allez vous surpasser. Ne nous voilons pas la face : nous savons tous ici que nous n’atteindrons pas votre objectif.
Les premiers effets de votre politique de rigueur se font sentir, madame la ministre. Nous n’avons cessé de vous avertir que les politiques d’austérité n’entraînent que deux choses : la misère et la récession. Avez-vous entendu les responsables des Restos du cœur et des autres associations caritatives ? Ils disent la souffrance des familles qu’ils reçoivent. Comment, lorsqu’on est responsable politique, être sourd comme vous l’êtes à l’expression des souffrances des plus fragiles d’entre nous, et dont les enfants sont les premières victimes ?
Prenons l’exemple de la Grèce : après dix plans de rigueur plus drastiques les uns que les autres, le chômage atteint 18 % en 2011 et le FMI estime que l’économie grecque va encore se contracter de 6 % cette année et de 3 % en 2012 ; ce sera la cinquième année de récession.
Aujourd’hui, c’est au tour de la France d’être frappée de ces deux maux, et il suffit de faire ses courses pour constater que les prix augmentent : en un an, le panier de la ménagère a augmenté de 3,71 %. Voulez-vous que je vous donne quelques prix, madame la ministre, mes chers collègues ? Le café arabica en grains a augmenté de 17,6 % – vous me direz qu’on n’est pas obligé de boire du café. La margarine, qui remplace le beurre dans de nombreuses familles parce que c’est moins cher, a augmenté de 11,7 %. Les pâtes ont augmenté de 8,4 %, les petits pois de 6,2 %.
M. Georges Mothron. Et les pêches ?
M. Jean-Pierre Brard. Pour les pêches, mon cher collègue, nous sommes un peu hors saison, et je pense qu’on ne doit pas consommer les fruits hors saison : cela altère l’environnement, car ils sont alors transportés par avion.
M. Gilles Carrez, rapporteur général. Et la pêche de Montreuil est excellente ! (Sourires.)
M. Jean-Pierre Brard. La pêche de Montreuil est en effet excellente : grâce à la finesse de nos paysans, elle libéra même la ville de Montreuil des cosaques qui l’occupaient indûment après les aventures napoléoniennes. Mais, monsieur le rapporteur général, vous me faites sortir de mon sujet. (Sourires.)
Le cola classique a augmenté de 3,4 % – qu’il soit classique ou pas, d’ailleurs, je n’en recommande pas la consommation. Vous avez pu constater vous-même ce que les excès de consommation de ce produit ont causé sur l’intellect de George Bush ! (Sourires sur divers bancs.)
Madame la ministre, si vous alliez dans nos HLM, et que vous parliez avec la population, vous constateriez combien les conditions de vie de nos concitoyens se dégradent. Venez à Montreuil, venez à Bagnolet ! Les gens font des efforts énormes pour payer leur loyer, et malgré cela les retards de paiement s’accumulent ; et quand on a payé le loyer, il ne reste pas grand-chose. Dans ces familles, le pain, les pommes de terre, les nouilles et la semoule sont les mets les plus ordinaires ; le bifteck, c’est rare, c’est très rare.
Mme Valérie Pécresse, ministre. Vous le direz aussi à Dominique Strauss-Kahn !
M. Jean-Pierre Brard. Il faut le savoir, madame la ministre, et si vous n’en êtes pas convaincue, je vous inviter à venir avec moi rendre visite à ces familles, comme le préfet de la Seine-Saint-Denis l’a fait, à propos il est vrai d’un autre sujet.
Vous ne rencontrez pas nos concitoyens, madame la ministre ; je veux parler de ceux qui se lèvent tôt, qui travaillent dur, ou bien qui voudraient bien pouvoir le faire mais qui sont privés de travail et livrés au chômage. Vous, les gens que vous rencontrez, ce sont les mêmes qu’à Toulon : ce sont ceux que l’on emmène en autocar, ce sont des militants UMP qui sont là pour faire la claque et applaudir à chaque mouvement de cils du Président de la République.
Pendant vos discours, les Français souffrent.
Vous portez la responsabilité de cette situation, madame la ministre : vous n’êtes pas seule dans ce cas, tout le Gouvernement porte cette responsabilité, mais vous y avez contribué. Il faut que les gens qui nous regardent sur internet ou depuis les tribunes sachent que c’est votre gouvernement qui a multiplié les cadeaux fiscaux faits aux riches – bouclier fiscal, ISF, niche Copé, et, madame la ministre, je vous épargnerai en ne posant pas la même question pour la vingt-et-unième fois, je sais qu’elle provoque chez vous le réflexe de Pavlov puisque vous la connaissez déjà. Après tous ces cadeaux, il manque dans les caisses l’argent que vous y avez pris pour remplir les coffres des privilégiés : 70 milliards d’euros par an !
C’est aussi votre gouvernement qui protège les paradis fiscaux : vous nous avez fait adopter des conventions inégales avec des États voyous, comme le Belize, ou qui sont sous la souveraineté britannique comme l’île de Man, ou encore avec Hongkong, avec le Panama tout à l’heure.
M. Éric Straumann. Et Cuba ?
M. Jean-Pierre Brard. Je ne pense pas que Cuba soit un paradis fiscal ; ce serait pour moi une vraie nouvelle : si vous avez des éléments pour prouver ce que vous avancez, ma foi, je ne vois pas ce qui justifierait chez les uns ce que je condamne chez les autres.
Vous refusez de lutter contre les paradis fiscaux, et cette absence de volonté cause une perte de 20 milliards d’euros par an. C’est votre gouvernement qui a capitulé devant les injonctions des agences de notation. Nos chers collègues de l’UMP frétillent en ce moment : d’après l’agence Fitch Ratings, il n’y a pas de problème pour les trois ans à venir, même s’il faut faire attention dans l’avenir. Mais il faut dire aux Français ce que c’est que cette agence : malgré ce nom, qui n’est qu’une tenue de camouflage pour l’armée des financiers qui sont en campagne, il s’agit de Français. Qui est le patron de Fitch Ratings ? Madame la ministre, ne regardez pas la pointe de vos chaussures : c’est Marc Ladreit de Lacharrière, un copain du président. (Mme la ministre lève les yeux au ciel.)
M. Christian Jacob. Il vaut mieux que ce soit lui que vous ! (Rires.)
M. Jean-Pierre Brard. Oh, je surveille mes fréquentations, monsieur Jacob : et ces gens-là, je ne risque pas de les fréquenter, car nous n’habitons pas les mêmes quartiers. Quand je le croiserai dans une rue de Montreuil, c’est que la révolution sera faite depuis longtemps, et qu’on l’aura obligé à travailler dans nos murs à pêches. (Exclamations sur les bancs du groupe UMP.)
Mais qui est M. Marc Ladreit de Lacharrière ? Il faut éclairer l’opinion : il fait partie de ces gens qui, en septembre 2008, dans le premier discours de Toulon du Président de la République, étaient désignés comme les irresponsables, les incapables qui mettaient en danger la France et l’économie mondiale. Et comment cet homme a-t-il été sanctionné ? Par une légion d’honneur que le Président de la République lui a décernée l’année dernière. Et qui la lui a remise peu de temps après ? M. le Premier ministre.
Madame la ministre, vous ne figurez pas sur la photo,…
Mme Valérie Pécresse, ministre. C’est faux. J’y étais.
M. Jean-Pierre Brard. …mais nous disposons d’une très jolie image sur laquelle Marc Ladreit de Lacharrière, ce prolétaire qui est à la tête de Fitch Ratings, se tient aux côtés de François Baroin.
Comment faire confiance à des gens comme cela ? Ce sont des gens qui spéculent contre la France du travail, et qui n’ont de liens qu’avec les gens du pouvoir qui défendent leurs intérêts. Les gens de Moody’s et de Standard & Poor’s ne font pas encore partie de vos copains, vous n’avez pas encore réussi cela ; mais l’affaire Fitch Ratings ne peut abuser que les nigauds, puisque cette agence est dirigée par quelqu’un qui fait partie de votre famille : le quitus qu’elle vous a délivré ne dit rien de la réalité. Tout cela n’est qu’affabulations et mensonges.
M. Christian Vanneste. C’est vous qui le dites !
M. Jean-Pierre Brard. Vous prenez les Français pour des imbéciles…
M. Guy Geoffroy. Non, c’est vous !
M. Jean-Pierre Brard. …alors qu’ils ont du bon sens, qu’ils sont rationnels.
M. Guy Geoffroy. C’est bien pour cela qu’ils ne votent pas pour vous !
M. Jean-Pierre Brard. Vous leur racontez des balivernes, mais eux, ils croient ce qu’ils voient tous les jours.
Par qui sont élaborés vos éléments de langage ? Par un certain Patrick Buisson, ancien directeur du journal fascisant Minute, et actuellement conseiller très spécial du candidat Sarkozy.
Je ne reviendrai pas sur toutes les mesures que contient votre texte, heureusement corrigé par le Sénat qui a fait la démonstration qu’on peut trouver des ressources.
M. Éric Berdoati. Vous allez donc le voter !
M. Jean-Pierre Brard. Je veux seulement vous donner une information, ainsi qu’à vos amis de l’UMP et du Nouveau Centre, dont la seule contribution dans les débats consiste à les rallonger sans les modifier. N’est-ce pas, monsieur de Courson ?
M. Christian Jacob. Parce que ce n’est pas ce que vous faites ?
M. Jean-Pierre Brard. Vendredi dernier, nous étions réunis, à l’initiative de nos amis Allemands de Die Linke, avec des Tchèques, des Portugais et des Italiens, pour nous unir et faire face.
M. Christian Vanneste. Pourriez-vous parler du sujet qui nous intéresse aujourd’hui ?
M. Jean-Pierre Brard. Ici, il a été question de germanophobie. Il est vrai que, lorsqu’on entend le président du groupe démocrate-chrétien au Bundestag déclarer : « Aujourd’hui, l’Europe parle allemand », cela rappelle de mauvais souvenirs.
M. Éric Straumann. Il faut reconstruire le mur !
M. Jean-Pierre Brard. Qui sont les premières victimes de cette espèce de renouveau de l’arrogance germanique ? Avant tout le peuple allemand qui souffre des mesures qui ont été prises. Nous en souffrons également, non parce que nous sommes Français, mais parce que nous subissons les mêmes politiques mises en œuvre par Mme Merkel et M. Sarkozy, qui défendent les mêmes intérêts contre ceux qui travaillent.
J’ai été frappé d’entendre, vendredi et samedi dernier, à quel point la classe politique allemande rejette, comme ici, à la fois Mme Merkel et M. Sarkozy – là-bas, on parle du couple Merkozy.
M. Christian Jacob. Qui a été rejeté à Montreuil ? Ce n’est pas M. Sarkozy !
Mme la présidente. Monsieur Brard, il faut penser à votre conclusion !
M. Jean-Pierre Brard. Madame la présidente, je suis sans cesse interrompu !
Mme la présidente. Vous le cherchez, monsieur Brard !
M. Jean-Pierre Brard. Je vous donne rendez-vous aux mois d’avril et mai, monsieur Jacob. Vous verrez alors ce que les Montreuillois pensent de l’actuel Président de la République et de sa politique.
Puisque les puissants, les privilégiés s’unissent, nous avons décidé nous aussi de joindre nos efforts au-delà des frontières pour contribuer à la construction d’une Europe nouvelle qui redonne l’espoir à tous les peuples afin qu’ils puissent accéder au bonheur que vous leur contestez aujourd’hui. (« Oh là là ! » sur les bancs du groupe UMP.)
Vous parlez comme ceux qui ont la bouche pleine à côté de ceux qui ont les assiettes vides. Pour notre part, nous voulons remplir les assiettes de ceux qui n’ont rien.

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Jean-Pierre
Brard

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