Interventions

Budget de l’Etat

PLF 2020 - Mission Culture

Le ministère de la culture célèbre ses soixante ans. De la première maison de la culture inaugurée en 1961 par André Malraux dans la belle ville du Havre à aujourd’hui, que de chemin parcouru, que de choses construites par ce beau ministère ! Il est un motif de fierté pour notre pays. Cependant, sa tâche est encore immense. Les défis que représentent l’accès à la culture pour toutes et tous, l’accès aux œuvres et l’accès aux artistes, mais aussi l’accès à la pratique et les conditions de son exercice, le statut des intermittents du spectacle, les droits d’auteur, le patrimoine et les archives constituent les fondements de l’action du ministère.

Ma conviction profonde est que le ministère de la culture, par son expertise, son expérience et la grande qualité de ses agents, a un rôle prépondérant à jouer dans le rayonnement culturel de la France, dans la coopération culturelle et dans l’émancipation du plus grand nombre d’individus. Ces missions appellent bien sûr à renforcer les services déconcentrés renforcés, à associer les collectivités territoriales et à conforter les associations. Mais leur efficacité nécessite un ministère capable d’impulser sur tout le territoire, et d’offrir à tous nos compatriotes, une politique ambitieuse et ouverte à la création, une politique de soutien à toutes les actrices et à tous les acteurs de la culture. À cet égard, nous nous inquiétons de l’ombre du programme action publique 2022, qui accorde une place croissante aux groupes privés, dont le but est une marchandisation sans limite.

Comme ces deux dernières années, le budget est en légère augmentation, même s’il n’échappe pas aux suppressions de postes : en 2020, l’administration centrale se verra amputée de 35 ETP – équivalents temps plein. Cette réduction vient s’ajouter à la longue liste des suppressions de postes recensées depuis plusieurs années. Malgré sa légère augmentation, ce budget peine à masquer son manque de souffle : il n’est pas taillé pour l’immense mobilisation pour la culture que nous voulons toutes et tous.

L’année 2019 a été marquée par le terrible incendie de Notre-Dame de Paris. Au-delà de l’émotion justifiée qu’il a provoquée, ce drame a mis en lumière le manque de moyens alloués à la préservation de notre patrimoine. En effet, alors que le budget consacré à la conservation et à la restauration du patrimoine dépasse à peine 300 millions d’euros, 1 milliard de promesses de don était mobilisé en quelques jours pour la restauration du monument. Il n’y a rien d’illogique à cela, l’action en matière de patrimoine reposant essentiellement sur le mécénat. Mais l’État se trouve de ce fait en difficulté pour impulser une stratégie nationale en ce domaine.

Je me félicite que le PLF pour 2020 prévoie 2 millions d’euros pour la mise en sécurité des cathédrales ; c’est bien. Le loto du patrimoine, avec l’engagement de Stéphane Bern, est un autre marqueur de ce manque de moyens : pour assurer ses missions en matière de conservation et de restauration du patrimoine, l’État se tourne de nouveau vers les particuliers à travers un jeu de hasard, alors qu’ils abondent déjà le budget de l’État grâce à leurs impôts.

Le budget réservé aux archives ne va pas assez loin. Après une baisse conséquente de 17 % dans le budget 2019, son montant n’est pas réévalué cette année, alors que le ministère s’était engagé, en début de mandat, à ce qu’aucune économie ne soit faite au détriment de notre mémoire.

Enfin, l’une des mesures phares de ce budget est la montée en puissance du pass culture. Une mission d’évaluation est en cours, dont les premières données publiées interpellent : un taux d’activation de 52 %, un taux d’utilisation parmi les jeunes ayant créé leur compte de 68 % et un taux de consommation de 60 %. Ces informations sont loin d’être suffisantes pour tirer des conclusions ; je ne m’y essaierai donc pas. Néanmoins, elles nous poussent à nous interroger sur cette démarche et surtout sur les plafonds de verre qui bloquent de nombreux jeunes dans leur rapport aux pratiques culturelles dans leur diversité. J’espère que la mission d’évaluation nous permettra d’améliorer ce dispositif afin qu’il permette de créer de nombreuses passerelles entre les jeunes, notamment les plus défavorisés d’entre eux, et la culture. Il est nécessaire d’ajouter à ce dispositif une véritable médiation culturelle afin d’accompagner les jeunes.

Si ce budget est plutôt préservé, il manque pourtant d’une ambition réelle. L’augmentation de 1 % cette année ne suffira pas pour accompagner la richesse de la création et favoriser l’accès à la culture partout où celle-ci se trouve, sous toutes ses formes et auprès de tous les publics. Ainsi le groupe GDR s’abstiendra-t-il lors du vote de ce budget.

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Marie-George
Buffet

Députée de Seine-Saint-Denis (4ème circonscription)

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