Interventions

Budget de l’Etat

PLF 2020 - Mission Enseignement scolaire

Je constate tous les jours dans mon département de la Seine-Saint-Denis le profond attachement de la population à son école. Parents, jeunes, élus se mobilisent et se mobiliseront pour la défendre et pour soutenir les équipes éducatives qui la font vivre. Les hommages et la solidarité, et aussi la colère, qui ont suivi le décès tragique de Christine Renon, ont une nouvelle fois montré que les Françaises et les Français se tiennent toujours aux côtés des femmes et des hommes qui construisent l’avenir de notre pays.

Charge à nous, représentantes et représentants de la nation, d’être à la hauteur de leur engagement.

Les équipes pédagogiques sont pleinement mobilisées pour œuvrer, dans la mesure de leurs possibilités, en faveur de la meilleure réussite possible des enfants, car elles savent mieux que quiconque que l’école est le moyen de s’affirmer intellectuellement, de construire ses rêves et de les réaliser. Elle est le lieu des rencontres qui bâtissent non seulement les destins, mais aussi la nation. Si elle n’est pas imperméable aux maux de notre société, elle en est souvent la réponse. Le budget de l’école constitue un investissement vital pour les valeurs de la République.

Que demandent les enseignants ? En premier lieu, le soutien de leur hiérarchie ; ils attendent qu’elle réagisse dès que les difficultés émergent. Ils ne peuvent pas le faire seuls, car l’éducation nationale est un tout. Psychologues, médecins scolaires, accompagnants des élèves en situation de handicap – AESH –, conseillers principaux d’éducation, assistants pédagogiques : ces hommes et ces femmes sont les maillons indispensables de la réussite de nos enfants. Pourtant, toutes ces professions souffrent.

La médecine scolaire est de moins en moins présente ; les AESH et les AVS, les auxiliaires de vie scolaire, malgré des avancées réelles, ont des statuts encore précaires ; l’accompagnement social des élèves en est fragilisé.

Dans le même temps, des milliers d’heures de cours ne sont pas assurées, par manque de remplaçants, ou en raison de l’affectation de ceux-ci à des postes pérennes. Plusieurs rapports démontrent que les trois heures d’éducation physique et sportive – EPS – ne sont pas forcément effectuées dans le primaire ; de plus, de nombreux professeurs d’EPS ne peuvent assurer correctement leurs cours faute d’équipements de proximité. J’aimerais, monsieur le ministre, connaître votre opinion sur les recommandations formulées par la Cour des comptes dans son rapport sur l’école et le sport.

Dans ce contexte, qu’attendre du budget dédié à l’éducation nationale ?

Nous attendons qu’il donne des moyens supplémentaires, afin que toutes les classes puissent profiter d’effectifs acceptables ; nous attendons également que les salaires soient en adéquation avec le niveau d’étude des professeurs et, surtout, qu’ils soient à la hauteur de leur engagement et de l’importance de leur mission.

Le présent projet de budget présente une augmentation, permet de revaloriser la prime REP+ et de mettre en œuvre le troisième volet du protocole parcours professionnels, carrières et rémunérations, le PPCR. Ces mesures sont les bienvenues.

Cependant, la prime REP+ ne concerne pas tous les enseignants et le troisième volet du PPCR n’est que l’application d’une décision prise il y a quatre ans et repoussée d’un an par le Gouvernement.

L’ensemble des syndicats de la profession revendiquent depuis plusieurs années une revalorisation générale du point d’indice. Il faut y souscrire, autrement que par un décret imposant une deuxième heure supplémentaire aux enseignants.

Des moyens humains complémentaires sont indispensables pour s’adapter à l’évolution démographique : alors que les effectifs ont augmenté de 100 000 élèves depuis 2017, cette rentrée a connu la fermeture de 112 écoles et 240 fusions d’écoles. La Seine-Saint-Denis, dont la population est jeune, n’est pas encore dotée de moyens suffisants, malgré les luttes et les avancées qui en ont découlé, comme l’a démontré le rapport d’information sur l’évaluation de l’action de l’État dans l’exercice de ses missions régaliennes en Seine-Saint-Denis. Stéphane Peu et moi attendons avec impatience les annonces que le Premier ministre et vous-même, monsieur le ministre, ferez jeudi à Bobigny.

Avec la création de 440 emplois dans le premier degré, nous sommes encore loin des 1 800 postes que vous aviez annoncés l’an dernier. De plus, la priorité donnée au premier degré, tout à fait compréhensible en elle-même, se fait au détriment du second degré. En effet, depuis trois ans, les créations de postes réalisées dans le premier degré l’ont été par redéploiement des moyens du second degré.

Enfin, mon collègue Sébastien Jumel, rapporteur de la commission d’enquête sur l’inclusion des élèves handicapés dans l’école et l’université de la République, quatorze ans après la loi du 11 février 2005, a déposé des amendements allant dans le sens d’un meilleur accompagnement et de meilleures conditions d’exercice pour les AESH et AVS. Je signale d’ores et déjà que de nombreux élèves en situation de handicap sont en attente d’un accompagnement, deux mois après la rentrée scolaire.

Ce projet de budget ne permettant pas à l’éducation nationale de relever pleinement les défis cruciaux qui s’imposent à elle, les députés du groupe de la Gauche démocrate et républicaine voteront contre les crédits de la mission « Enseignement scolaire ».

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Marie-George
Buffet

Députée de Seine-Saint-Denis (4ème circonscription)

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