Interventions

Budget de l’Etat

PLF 2020 - Mission Medias, livre et industries culturelles

Dans un paysage de l’information où les formats se multiplient, où l’immédiateté est devenue la norme, dans un monde où les fausses informations se diffusent plus que jamais, nous avons le plus grand besoin de médias indépendants, libres et mus par le seul intérêt de transmettre à toutes et tous une information de qualité.

Ces hommes et ces femmes qui exercent avec rigueur et passion leur métier de journaliste doivent être libérés des pressions de toutes sortes, en particulier financières. Dans ce contexte troublé pour la télévision, la radio et la presse, l’audiovisuel public doit être exemplaire : le lieu où l’on prend le temps de l’analyse, du recul, du travail de fond ; un lieu où l’on s’adresse aux citoyens et citoyennes et non pas aux consommateurs.

Pour ce faire, les rédactions ont besoin de moyens, de stabilité et d’une identité renforcée.

Or, depuis le début du quinquennat, l’audiovisuel public souffre de nombreuses coupes financières. Ce budget en est le nouveau témoin : la dotation en faveur de l’ensemble des groupes de l’audiovisuel public va diminuer de 70 millions d’euros en 2020. C’est une baisse deux fois plus importante que celle réalisée en 2019.

Elle est le fait notamment de la baisse de la redevance. Les députés communistes ont alerté sur cette mesure qu’ils jugeaient trop précipitée par un amendement en première partie du PLF qui proposait de ne pas modifier le montant de la redevance avant que les réflexions autour du financement de l’audiovisuel public n’aboutissent.

La future réforme de l’audiovisuel public sera l’opportunité de débattre de l’avenir de la redevance et de son positionnement face aux nouvelles façons de consommer, en particulier vis-à-vis des plateformes de vidéo à la demande. Par ailleurs, la baisse d’1 euro de la redevance, qui apporte peu de pouvoir d’achat aux Français, ne fait que jeter un peu plus le trouble sur les orientations choisies pour le futur de l’audiovisuel public, dont les financements doivent être garantis dans le PLF comme dans le projet de loi sur l’audiovisuel public.

France Télévisions subit une nouvelle coupe budgétaire de 62 millions d’euros. C’est un coup important porté à l’audiovisuel public, après un recul de 25 millions dans le PLF 2019. Les départs à la retraite ne seront donc pas compensés. La baisse des effectifs aura, comme le souligne très justement la rapporteure pour avis, des conséquences sur la nature des programmes. Pour ma part, j’irai même plus loin : elle aura des conséquences sur la qualité des programmes.

Radio France devra pour sa part renoncer à 5 millions d’euros pour 2020, alors que son modèle est performant et que ses stations progressent d’année en année. Les ressources humaines représentent une part conséquente dans les charges de l’entreprise. Mécaniquement, la masse salariale sera la première victime des coupes budgétaires. Entre 270 et 390 postes pourraient disparaître. Ce plan d’économies fragilisera davantage les conditions de travail des salariés de Radio France, alors même que les salaires sont bloqués depuis sept ans et que les arrêts maladie sont en recrudescence. De plus, l’ensemble des syndicats dénoncent le fait que ce plan d’économies n’ait fait l’objet d’aucune concertation.

Je souhaite également exprimer ma forte préoccupation concernant l’avenir de l’AFP, qui perdra 95 postes d’ici 2023. Son avenir est en danger alors que son rôle est fondamental pour la diffusion de l’information. Fragiliser l’AFP est antinomique avec l’ambition d’une information complète et accessible à toutes et tous.
Ce budget intervient en préliminaire d’un projet de loi concernant notre service public de l’audiovisuel.

Celui-ci va subir une vaste refonte avec la création, en 2021, d’une holding rassemblant France Télévisions, Radio France, France Médias Monde et l’INA. Que va-t-il advenir de l’identité de chaque chaîne, de chaque rédaction ? Comment les financements seront-ils partagés ?

Enfin, la mission « Médias, livre et industries culturelles » enregistre une diminution des aides à la presse. Cette baisse constituera selon nous un handicap supplémentaire pour un secteur déjà en crise. Nous pensons qu’il faut d’urgence réformer les aides à la presse et non pas les diminuer. Il nous faut créer un système d’aides qui ne soit pas discriminant en fonction des supports. L’information doit être conçue comme un service commun, indispensable à la formation des jugements politiques de chacun. Cela nécessite une aide publique, particulièrement quand l’information vit sans le concours de la publicité.

Intervenant après la récente réforme sur la distribution de la presse, cet ensemble de mesures, qui ne s’attaque pas à la concentration des médias et ne renforce pas non plus les conditions de travail des journalistes, laisse craindre la fragilisation de nombreux titres.

Aussi les députés du groupe de la Gauche démocrate et républicaine voteront-ils contre ce projet de budget. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LaREM.)

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Marie-George
Buffet

Députée de Seine-Saint-Denis (4ème circonscription)

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