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Accord France-Suisse organisation européenne pour la recherche nucléaire

Cet accord entre la France et la Suisse, qui tend à faciliter le déplacement des forces de police dans les territoires accueillant l’accélérateur de particules, est aussi nécessaire que positif. Il s’agit d’une formalité propre au fameux LHC du CERN, dont l’implantation chevauche la frontière franco-suisse. Une telle configuration rend nécessaire un accord permettant aux forces de police d’un pays d’intervenir dans le territoire de l’autre, mais en restant à l’intérieur des implantations du CERN, et à sa seule demande.

Nous devons voter ce texte pour combler un vide juridique. De leur côté, les urgences médicales et les secours seront organisés suivant ce même principe.

Ce débat est l’occasion de rappeler l’extraordinaire machine qu’est le LHC, grand collisionneur de hadrons, anneau géant de 27 kilomètres enterré 100 mètres sous terre, le plus puissant accélérateur de particules au monde.

Le LHC, dont le coût avoisine 4 milliards d’euros, a été inauguré il y a onze ans, le 10 septembre 2008, et arrêtera normalement de fonctionner en 2038. Il est en amélioration constante : actuellement arrêté, il fait l’objet de travaux qui lui feront atteindre son potentiel maximal à son redémarrage, en 2021. La luminosité de la machine sera ensuite améliorée, en 2025, afin que sa dernière décennie de fonctionnement soit optimale.

L’objectif du LHC est le plus noble et le plus complexe qui soit : trouver d’où nous venons. Les collisions de particules à très grande vitesse visent à recréer ce qui s’est produit une fraction de seconde après le big-bang – la formation de l’univers – pour tenter de comprendre pourquoi nous en sommes là, aujourd’hui. L’expérience est belle et nécessaire, car elle valorise la recherche fondamentale. C’est là un point majeur, qui constitue son sous-bassement politique.

La recherche scientifique souffre d’un manque crucial de moyens, et le CERN, avec les ressources dont il dispose, ne doit pas être l’arbre qui cache la forêt. Aujourd’hui, on demande aux recherches de viser une application concrète et rapide, afin d’être financées ou cofinancées par des entreprises privées. Les chercheurs consacrent le plus clair de leur temps à des appels à projets, espérant obtenir des financements de l’Agence nationale de la recherche, mais avec des taux de réussite très faible.

Ces modalités de financement contraignent la liberté des chercheurs et brident la recherche fondamentale.
De fait, la plupart des recherches qualifiées, à tort, d’inutiles à court terme, sont mises à l’écart. Sans même parler de la situation des sciences sociales, qui sombrent dans la plus grande pauvreté, la recherche fondamentale n’est plus considérée comme rentable.

Pourtant, les expériences du CERN démontrent avec force que cette « inutilité productive » conduit à des découvertes capitales pour l’humanité. Pour reprendre les mots d’un scientifique : « On n’a pas inventé l’électricité en améliorant la bougie ! » Il faut l’entendre. La majorité, qui ne cesse de parler de ruptures, doit consacrer davantage de moyens à la recherche scientifique fondamentale.

L’examen de la future loi de programmation pluriannuelle de la recherche, prévu en début d’année prochaine, sera un moment opportun pour donner à la recherche française les moyens de ses ambitions. Les échanges qui se sont tenus ce matin en commission des affaires étrangères ont encore démontré combien nos chercheurs manquaient de moyens et combien il était nécessaire de compléter leurs financements. Le débat budgétaire permettra d’avancer en la matière.

Si l’on se félicite unanimement du LHC et de ses incroyables réussites, qui font de l’Union européenne le fer de lance de la physique fondamentale dans le monde, il faut se mettre au diapason de cette euphorie et accroître enfin les budgets de nos universités et laboratoires.

L’exemplarité du LHC dépasse la seule recherche fondamentale. En tant que coopération internationale, il est le creuset de valeurs que les communistes ne cessent de valoriser : l’amitié et le partage entre les peuples, au-delà des différences. Près de 7 000 scientifiques de 80 nationalité y travaillent de concert, dans le seul dessein de percer les mystères de la physique.

Nous pouvons tirer deux enseignements de cette réussite. Tout d’abord, la recherche fondamentale est nécessaire et doit être valorisée bien davantage qu’elle ne l’est aujourd’hui en France. Ensuite, la communauté internationale doit prendre exemple sur ce petit modèle de relations internationales pacifiques et tournées vers la recherche du bien commun, de la paix et de l’amitié entre les peuples.

Vous l’aurez compris, le groupe de la Gauche démocrate et républicaine votera pour le projet de loi autorisant cet accord.

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Jean-Paul
Lecoq

Député de Seine-Maritime (8ème circonscription)

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