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Bifurcation écologique et solidaire

Je remercie le groupe La France insoumise pour cette proposition de résolution. Elle avait été déposée avant la grave crise sanitaire que nous traversons et qui constitue, me semble-t-il, un contexte encore plus propice à ce débat et au vote de la résolution. En effet, la crise a mis en lumière un monde qui ne tourne pas rond, après des décennies de gestion néolibérale qui ont mis à mal notre système public de santé.
On a le sentiment que, dans ce pays, les stocks de LBD – lanceurs de balles de défense – sont mieux gérés que ceux de masques, que les travailleurs et travailleuses qui exercent des activités essentielles sont les moins bien rémunérés, que les citoyens exposés au virus sont les plus contrôlés par les forces de l’ordre, et que la famine menace des millions d’individus – et pas exclusivement dans des pays où ce phénomène est sinon habituel, du moins connu – alors que les denrées alimentaires existent à profusion.

En somme, « il n’y a plus rien d’anormal puisque l’anormal est devenu habituel. Ainsi tout s’arrange ». Vous connaissez ces phrases du Roi se meurt d’Eugène Ionesco ; elles semblent être la maxime adoptée par le Gouvernement.

Mes chers collègues, cette époque est charnière. Elle nous invite à repenser non seulement nos pratiques, mais l’ensemble d’un système délétère à bien des égards. Le capitalisme, si vorace pour nos vies, nos besoins et nos désirs, n’a que trop duré, et nos modes de production, d’échanges et de gestion doivent être radicalement renouvelés. Il est nécessaire de changer de paradigme, et c’est ce que défend le groupe La France insoumise avec sa proposition de résolution qui nous invite à une bifurcation. L’heure est aux choix.

Il n’est plus à démontrer que l’origine de cette pandémie est écologique. Elle nous est décrite comme une maladie de l’anthropocène, dont la propagation est liée à la façon dont les êtres humains habitent et utilisent la Terre. Pire encore, cette crise n’a rien d’accidentel : de nombreux spécialistes s’accordent à dire qu’elle est une préface à une ère de pandémies de plus en plus fréquentes.

Il serait absurde de s’acharner à vouloir soigner le mal par le mal. Nous appelons donc à une réelle révolution écologique. Ce texte propose un nouveau cap, en se réappropriant les mots du Conseil national de la Résistance – CNR. Il propose à la fois une planification écologique et une consolidation des droits sociaux, en réorientant les ressources de l’État. Nouveaux droits sociaux et révolution écologique : les deux vont évidemment de pair.

Ce nouveau cap se veut défini collectivement ; c’est essentiel, car un tel changement sociétal ne saurait voir le jour sans un débat démocratique de fond. Cette proposition de résolution s’éloigne donc radicalement de la gymnastique langagière du Président Macron, qui a fait référence aux « jours heureux » en parlant notamment de la réouverture des terrasses de cafés. Le Président Macron mène en effet une politique aux antipodes du programme du CNR. Et ce dévoiement des mots se retrouve dans toutes les politiques menées en matière écologique, lesquelles constituent une entreprise permanente de verdissement du capitalisme. L’orientation de la politique fiscale depuis le début du quinquennat en est la preuve. En 2018, avec l’instauration de la taxe carbone, les ménages fragiles ont connu une hausse de 3,7 milliards d’euros des prélèvements, quand, dans le même temps, l’abolition de l’ISF – impôt de solidarité sur la fortune – et la flat tax ont fait bénéficier les plus aisés de plus de 3 milliards d’euros d’allègements fiscaux.

L’appel à l’union sacrée et le champ lexical belliqueux du Président de la République n’ont dupé personne. Les Français et les Françaises ont constaté les limites d’un système guidé par le seul profit. Il est aujourd’hui indispensable de rompre avec cette logique, qui a tant affaibli la capacité de réponse des États face à cette crise.

Cette proposition de résolution reprend les mots du Conseil national de la Résistance, mais évoque aussi les défis d’invention qui s’imposent à nous pour faire face aux enjeux de notre temps. Inspirons-nous des valeurs du CNR et de son vœu d’instaurer une « organisation rationnelle de l’économie assurant la subordination des intérêts particuliers à l’intérêt général ».

Opposons à la logique du marché un système politique décidé collectivement et guidé par la satisfaction des besoins et les impératifs écologiques. C’est une rupture en profondeur du système néolibéral qu’il convient d’envisager. De l’ambition, de la volonté politique et des actes forts : voilà ce qu’il nous faut pour faire face à cette crise et à celles qui s’annoncent. Il est nécessaire de désarmer les marchés financiers en contrôlant les capitaux et en interdisant les opérations les plus spéculatives, de conditionner les aides de la banque centrale et celles aux entreprises à leur reconversion sociale et écologique, de soutenir massivement les services publics et d’engager un plan ambitieux de relocalisation de l’agriculture. Chers collègues, soyons au rendez-vous !

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Elsa
Faucillon

Députée des Hauts-de-Seine (1ère circonscription)

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