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Convention avec le Botswana prévenir évasion et fraude fiscales en matière d’impôts sur le revenu

Les députés communistes ont souhaité permettre le débat sur l’avenant à la convention du 15 avril 1999 entre la France et le Botswana afin de mettre le doigt sur la politique fiscale internationale et ses dérives.

L’avenant modifie l’article 26 de la convention entre la France et le Botswana, relatif à l’échange de renseignements, afin de le rendre conforme aux derniers standards internationaux de l’OCDE. Cela paraît positif, puisqu’à travers la signature de cette convention, le Botswana indique vouloir sortir de l’opacité en matière fiscale. Précisons que la signature du texte entraînera le retrait du pays de la liste française des États et territoires non coopératifs sur laquelle il figurait depuis 2012.

À ce sujet, les députés communistes s’interrogent d’ailleurs sur la pertinence à rendre automatique le retrait d’un pays de la liste des ETNC dès lors qu’une convention fiscale est signée. En effet, dans le cas du Botswana, on constate un gouffre entre les intentions et la réalité – le rapporteur y a fait allusion.

Les députés communistes ne sont pas les seuls à s’interroger, puisque l’Union européenne n’a pas jugé opportun de supprimer dès cette année le Botswana de sa liste grise, qui sanctionne les États peu coopératifs en matière fiscale, lui donnant un an pour se conformer aux critères européens en la matière. Le Forum mondial de l’OCDE a également rétrogradé la notation du Botswana en 2019 – le ministre n’a parlé que de 2017… – en raison de la trop grande lenteur avec laquelle il répond aux requêtes.

Il est donc permis de s’interroger – et l’inquiétude est partagée par le Sénat – sur l’intérêt qu’a la France de rayer le Botswana de sa liste, une initiative dont l’effet est de retirer le pays de la liste européenne des ETNC. Le caractère automatique de ces évolutions fait porter le soupçon sur la probité de toutes les conventions bilatérales et multilatérales en matière fiscale. Il faut donc rester extrêmement vigilant sur l’utilisation qui est faite de ces conventions et sur la manière dont elles sont réellement appliquées sur le terrain.

La question de la fiscalité internationale s’inscrit dans le cadre d’une mondialisation qui, aujourd’hui, rime plus avec évitement fiscal, sauvagerie sociale et désastre écologique qu’avec respect des peuples et de notre planète.

Les stratégies internationales d’évitement fiscal, comme l’ont déjà démontré de nombreuses fois mes collègues Éric et Alain Bocquet ou Fabien Roussel, recourent à de nombreux outils permettant de contourner le système fiscal, y compris légalement !

Prenons un exemple : une multinationale française comme Total – pour qui j’éprouve un intérêt particulier puisque j’habite en face d’une de ses raffineries, au Havre – s’installe au Botswana pour y exploiter du pétrole. Rien n’interdit de penser que la France, attachée à son fleuron industriel, a signé une convention fiscale bilatérale pour faciliter les opérations fiscales et financières de Total sur place : cela pourrait tout à fait être l’une des raisons du vote d’aujourd’hui… Mais cette même multinationale pourrait aussi venir négocier son taux d’imposition directement auprès des responsables politiques de l’État.

Justin Koné Katinan, ancien ministre du budget de Laurent Gbagbo, l’explique d’ailleurs parfaitement : « L’idée d’une réduction de l’impôt sur les sociétés pour en favoriser l’implantation en Afrique est une belle escroquerie montée par le Fonds monétaire international et la Banque mondiale […] Tous les pays africains se sont lancés dans des politiques concurrentielles d’élaboration de codes d’investissement très souples en espérant attirer le maximum d’investisseurs. » Il indique que si la Côte d’Ivoire avait eu un taux d’imposition sur les sociétés similaire à la moyenne européenne, cela aurait rapporté environ 6 milliards de dollars américains supplémentaires dans les caisses de cet État rien qu’en 2015. À l’échelle de la planète, de telles sommes pourraient être utilisées pour la santé, l’éducation, l’agriculture, l’eau, ou tout autre politique publique.

S’agissant du texte sur le Botswana, les députés communistes s’abstiendront, en proposant à la commission des Affaires étrangères, peut-être conjointement avec le Sénat, d’évaluer d’ici la fin du quinquennat ces conventions fiscales bilatérales, afin d’en connaître l’effet réel en matière de fiscalité et d’intérêt pour les États, dont la France. La vice-présidente de la commission, ici présente, saura relayer cette demande – à cet instant, j’ai moi aussi une pensée pour Marielle de Sarnez, qui nous écoute peut-être.

Cela permettra de mesurer si ces phénomènes sont répandus, quelle somme représenteraient les évitements fiscaux que j’ai cités et, surtout, de faire des propositions au Quai d’Orsay pour modifier les modèles de ces conventions, afin de les rendre plus strictes. Nous pourrions peut-être alors contribuer, à notre échelle, à la lutte contre l’évasion fiscale dans le monde ; c’est aussi ce que j’attends de la commission des affaires étrangères.

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Jean-Paul
Lecoq

Député de Seine-Maritime (8ème circonscription)

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