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Création du Central national de la musique - CMP

« De n’importe quel pays, de n’importe quelle couleur, la musique est un cri qui vient de l’intérieur », chante Bernard Lavilliers.

Ces cris, nous voulons qu’ils puissent s’exprimer, s’entendre, résonner. Rappelez-vous cette scène du film de Robert Guédiguian Marius et Jeannette, au cours de laquelle l’un des personnages s’inquiète et dit : « Il n’a plus assez de musique dans son cœur pour faire danser sa vie ».

La musique fait danser nos vies : elle les colore, les emmène, les réveille ou les révèle, ce qui appelle des politiques publiques pour accompagner la création musicale et son partage. Depuis plusieurs années, on invoque la création d’un Centre national de la musique, à l’instar de ceux qui existent pour la danse ou le cinéma. Un tel opérateur permettrait d’harmoniser l’action des différents organismes existants et de rendre plus accessibles les dispositifs dont peuvent jouir les artistes. Il pourrait également jouer un rôle moteur dans le développement des pratiques artistiques. Aussi sommes-nous favorables à une telle création.

Mais la proposition de loi que nous discutons à nouveau appelle un regard critique. Tout d’abord, le CNM ne doit pas être synonyme d’affaiblissement du service public ou d’abandon des missions qu’assurent aujourd’hui certains organismes dont le CNV. Il ne peut non plus, en aucun cas, se construire au détriment de l’action du ministère de la culture. L’État n’a eu de cesse, au cours des dernières années, de se décharger de ses missions sur des opérateurs qui s’affranchissent ensuite de nécessaires choix de nature politique, tandis que les ministères se retrouvent sans leviers.

Or dans ses attendus, la proposition de loi semble ne se concentrer que sur le volet économique de la musique, pensé sur le mode néolibéral de la concurrence. Tout un pan semble absent des réflexions : des musiques n’entrant pas dans les standards commerciaux dominants à celles pouvant être qualifiées de non lucratives, qui sont le fait d’associations, de groupes ou d’artistes n’ayant pour autre ambition que la pratique et le partage de leur art.

C’est pour cette raison que nous tenons absolument à ce que les missions du CNM entrent dans le champ d’application de l’article 3 de la loi du 6 juillet 2016, garantissant la liberté de création artistique sous toutes ses formes et définissant le rôle de l’État pour la préserver. Le CNM échouera dans sa mission s’il ne devient qu’un outil au service de l’industrie musicale, dominé par celle-ci, ses appétits et ses critères, et qu’il se met à son service, au bénéfice de prétendus champions.

Un tel organisme devrait avoir pour rôle d’ouvrir d’autres espaces que l’uniformisation, le formatage des goûts, le low-cost, la soumission à l’algorithme, la concentration des acteurs ou la soumission à la rentabilité. La culture, telle que nous l’imaginons, ne peut se fondre dans le moule de l’offre et de la demande, où les femmes et les hommes seraient de simples réceptacles et les œuvres de simples marchandises : elle vaut mieux que cela.

Quid de la médiation culturelle en matière de musique, des pratiques d’amateurs, des festivals émergeant des dynamiques locales échappant aux ogres de l’événementiel ? Quelles garanties seront apportées en matière de transparence, de démocratie et d’équilibre dans la distribution des subventions ? Quelles ressources sont prévues pour assurer le bon fonctionnement du CNM, alors que les crédits du ministère de la culture stagnent depuis le début du mandat et que l’on porte atteinte à France Musique ?

Enfin, je me félicite qu’ait été conservé l’amendement défendu par Marie-George Buffet au nom du notre groupe, faisant de l’égal accès des femmes et des hommes aux professions musicales une des missions centrales du CNM. En effet, les femmes dirigent seulement 10 % des scènes de musiques actuelles, 18 % des centres chorégraphiques nationaux et 20 % des centres dramatiques nationaux et régionaux. En outre, seuls 4 % des chefs d’orchestre sont des femmes. Ces taux doivent nous alerter sur le défaut d’accès des femmes )aux professions du secteur culturel. Ce dernier dans son ensemble doit agir contre ces inégalités.

De nombreux acteurs et actrices du monde de la musique nous ont fait part de leurs très vives inquiétudes quant à la faible prise en considération de la diversité et de la démocratie culturelles dans la conception même du CNM. Je crois profondément, avec d’autres, qu’il faut respecter les « oeuvriers » de la musique et les humains dont elle fait danser la vie.

Par conséquent, si les députés communistes restent favorables à l’idée d’un Centre national de la musique, ils regrettent que les débats parlementaires n’aient pas permis de répondre aux inquiétudes qui ont été exprimées. Nous ne pourrons donc voter cette proposition de loi : trop de notes font encore défaut dans la partition et nous doutons qu’elle ait la bonne portée. (« Bravo ! » sur les bancs du groupe GDR.)

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