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Débarquement Normandie

Monsieur le président, monsieur le ministre, chers collègues, je salue la présence dans les tribunes de M. Léon Gautier, qui a vécu le Débarquement. Monsieur Gautier, merci ! (Applaudissements sur tous les bancs.)
Née des conditions faites aux vaincus de la Première guerre mondiale par les traités de Versailles et de Trianon, de la crise économique des années 1930, de la montée de l’extrême-droite et des ambitions expansionnistes de l’Allemagne nazie, de l’Italie fasciste et de l’empire du Japon, la Seconde Guerre mondiale constitue le plus grand conflit armé que l’humanité ait connu. Elle mobilisa plus de 100 millions de combattants de plus de soixante nations, déployant les hostilités sur 22 millions de km2 et tuant 62 millions de personnes, dont une majorité de civils. N’opposant pas seulement des nations, la Seconde Guerre mondiale fut la lutte de l’humain contre la barbarie. Elle divisa des peuples entre collaboration et résistance. Cette guerre gomma la séparation entre le civil et le militaire et vit, dans les deux camps, la mobilisation poussée non seulement des ressources matérielles, économiques, humaines et scientifiques, mais aussi morales et politiques, dans un engagement total.
La somme des dégâts matériels dépasse les destructions cumulées de l’ensemble des conflits précédents. Pour la première fois, la bombe atomique fut utilisée : deux bombes larguées sur des cibles civiles par les États-Unis ont explosé à Hiroshima et à Nagasaki, au Japon. La violence prit des proportions inédites, avec de multiples crimes de guerre, et fut à l’origine de la création de cette notion de « crime contre l’humanité » définie au procès de Nuremberg. Cette guerre vit l’émergence, à une échelle inconnue jusqu’alors, de crimes de masse particulièrement atroces et pour certains sans précédents – pensons à l’expression horrible d’« extermination finale ». Parmi ces crimes figure la déportation en camps de concentration, de travail et d’extermination de populations entières – Juifs et Tziganes. Des catégories de la population, comme les homosexuels, les Slaves, les communistes ou les handicapés, ont été massacrés.
Il fallait une action décisive pour arrêter la barbarie nazie et la folie des pays de l’Axe. Il fallait une action décisive pour arrêter l’occupation de la France. Le 6 juin 1944, les Alliés réussissent le plus grand débarquement de l’histoire sur les plages de Normandie, connu sous le nom d’opération Overlord. Le débarquement du jour J a réuni environ 155 000 membres des forces expéditionnaires alliées, dont 31 000 Américains, 5 000 navires et plus de 11 000 sorties des avions alliés. Les Alliés prennent les Allemands par surprise et ouvrent enfin le second front, celui de l’ouest, réclamé par les Soviétiques. Malgré l’exploit logistique que constitue le débarquement, l’armée hitlérienne parvint à contenir les Anglo-Saxons en Normandie pendant plus de dix semaines dans une longue bataille d’usure dite bataille de Normandie. Cela dura jusqu’à ce que la percée d’Avranches du 31 juillet 1944 ouvre la voie de la Bretagne et prenne les troupes allemandes à revers en les encerclant dans la poche de Falaise.
Au cours du premier jour du débarquement, les forces alliées ont compté plus de 10 000 morts, dont 6 000 pour les seules troupes américaines. Le monde a une dette de reconnaissance et de gratitude envers les membres de cette génération qui ont assumé la lourde tâche de nous libérer du joug des régimes nazi et fasciste et de rétablir la liberté en Europe. Le 6 juin 2014 marque le soixante-dixième anniversaire du jour J, de l’assaut lancé en Normandie, en France, par les troupes alliées, notamment américaines, britanniques, canadiennes et françaises. Le grand âge des derniers anciens combattants survivants et la disparition progressive de toute mémoire vivante de la Seconde Guerre mondiale et des opérations de débarquement en Normandie font qu’il est nécessaire d’accroître les activités destinées à transmettre la mémoire de ces événements, en particulier aux jeunes générations.
La résolution évoque dans les considérants « la participation décisive de la Résistance française à la libération de la France ». Citons le général Eisenhower, dans ses Mémoires sur la Deuxième Guerre mondiale : « Pendant toute la campagne de France, les hommes des Forces Françaises Libres ont joué un rôle particulièrement important. Ils ont été extrêmement actifs en Bretagne, et en tous points du front, ils nous ont aidés de mille façons. Sans eux, la libération de la France et la défaite de l’ennemi en Europe occidentale auraient été bien plus longues et nous auraient coûté davantage de pertes ». Je vous parlerai aussi du débarquement du 15 août en Provence. Les objectifs étaient de libérer Toulon, Marseille puis de remonter le Rhône jusqu’à effectuer la jonction avec les forces de l’opération Overlord débarquées en Normandie. L’armée française de la Libération était fortement mobilisée : on comptait 230 000 Français dans ce débarquement. Les unités navales françaises jouèrent un grand rôle dans le Var, à côté de l’infanterie américaine. Rappelons que la participation de la Résistance française a été décisive à la libération de la France ! La France ne fut pas absente des combats, avec le 1er bataillon de fusiliers marins commandos, sous le commandement du capitaine Kieffer, et le régiment de chasse « Normandie-Niemen » à l’est.
Considérons aussi – mais cela n’est pas écrit dans la résolution – que la victoire en Normandie a été rendue possible par le sacrifice de millions de soldats et de civils soviétiques sur le front de l’est. L’opération Overlord, d’une extrême complexité militaire, a pu se développer grâce à l’action à l’est de l’Armée rouge, qui empêcha les renforts nazis sur nos côtes, renforts qui auraient pu rejeter le corps expéditionnaire allié à la mer. L’offensive de l’Armée rouge joua un rôle déterminant dans la victoire de la bataille de Normandie. Le 22 juin 1944, alors que le front de l’ouest est ouvert depuis la Normandie, elle lance la plus grande offensive de son histoire, l’opération Bagration, qui permet de libérer la Biélorussie en quelques semaines, d’entrer en Prusse-Orientale et en Pologne jusqu’aux faubourgs de Varsovie. Déjà, au début de l’année 1943, les Allemands subissent sur le front oriental une très lourde défaite à Stalingrad. Les premiers revers qui entamèrent l’invincibilité de l’armée allemande et qui enclenchèrent ses retraites sont les batailles de Stalingrad puis de Koursk.
Il est important que la France marque cet anniversaire par des cérémonies et des programmes adaptés pour rendre hommage à ces hommes et à ces nations qui ont libéré l’Europe de la barbarie, mais il ne faudrait oublier personne. On ne peut contester que la débâcle de l’Allemagne résulte de l’ensemble des combats menés par les principaux alliés, l’Amérique, l’Angleterre et l’URSS, ainsi que par la Résistance française. C’est la conjugaison de leurs coups de boutoirs, c’est la prise en tenaille de l’ennemi, qui permirent la victoire. Souvenons-nous également de la contribution lourde en pertes humaines, tant civiles que militaires, de l’URSS. À elles seules, ses pertes militaires représentent 88 % du total de celles des Alliés en Europe. Nous pensons donc que ce soixante-dixième anniversaire doit être l’occasion d’associer toutes les forces alliées qui ont contribué à l’écrasement du nazisme. Une pétition de soutien pour l’invitation du représentant de la Russie a été lancée. Il s’agit d’inviter l’autorité territoriale continuatrice de l’URSS à participer à cette cérémonie qui rappelle le début de l’effondrement définitif du régime nazi.
Cela étant dit, nous devons bien entendu exprimer notre gratitude et notre reconnaissance aux membres des forces armées alliées anglo-saxonnes qui ont participé aux opérations du « jour J ». Nous devons remercier solennellement tous les participants pour leur implication dans les manifestations commémoratives du débarquement en Normandie, continuer nos efforts pour sensibiliser les jeunes générations aux actes d’héroïsme accomplis et aux sacrifices consentis par les libérateurs. Les députés du groupe GDR voteront sans surprise la proposition de résolution présentée par notre collègue Laurence Dumont. (Applaudissements sur tous les bancs.)

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Jean-Jacques
Candelier

Député du Nord (16ème circonscription)

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