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Don de congés payés sous forme de chèques vacances aux membres du secteur médico-social

À huit heures sonnantes, tous les soirs durant des semaines, nombreux sont les femmes et les hommes qui se sont donné rendez-vous pour applaudir le personnel hospitalier aux prises avec le coronavirus. Ils l’ont fait pour leur donner du courage, pour leur montrer toute la reconnaissance et la considération dont la majorité les a tant privés. Sous les applaudissements adressés aux soignants, vous n’avez pas entendu les sifflets qui vous étaient destinés – car il y en avait.

Pire, vous voici désormais occupés à instrumentaliser ce geste, à le récupérer, à le dénaturer. Vous dites à celles et ceux qui ont applaudi de ne pas se contenter de cela et de donner. Sous ces applaudissements, vous auriez pu entendre l’attachement de tout un peuple au personnel de l’hôpital, à l’hôpital public lui-même, au droit à la santé, et vous hisser à la hauteur de ce message clair. Vous auriez pu abandonner les plans de restructuration, embaucher, augmenter les salaires. Vous avez préféré distribuer des primes inégales et éphémères et des médailles.

Par cette proposition de loi, vous vous défaussez après avoir voté des budgets indigents et refusé d’entendre. (Mme Caroline Fiat applaudit.) Le personnel hospitalier est en colère depuis longtemps, et ce geste n’est pas fait pour l’apaiser. Il ne demande pas que l’on se souvienne ; il ne demande que les moyens de remplir ses missions de service public avec pour seul impératif l’intérêt général. Nombreuses et nombreux sont ceux qui ajoutent qu’ils ne demandent pas aux autres de renoncer à leurs jours de repos – sauf peut-être si c’est pour manifester avec eux, comme le disait Caroline Fiat. (M. André Chassaigne applaudit.)

Comment avez-vous pu avoir cette idée ? Comment avez-vous eu le culot de demander aux salariés de payer des chèques-vacances au personnel soignant, le tout en vous drapant des principes de générosité et de solidarité ? Le message politique est daté et connu : il faut travailler plus. Donnez vos jours car vous en avez trop, dites-vous. Cela tourne à l’obsession et tout sert de prétexte : ici, on autorise l’employeur à disposer des jours de repos des salariés, là on les incite à en faire charité en les culpabilisant, plus loin on leur annonce qu’il faudra donner des jours pour payer la crise.

Le personnel hospitalier est exceptionnel et la société lui est redevable. Hélas, pour vous, la société n’est qu’une somme d’individus et vous n’envisagez aucun autre chemin. Or ces jours sont le fruit de conquêtes sociales et ce n’est pas par hasard qu’ils ont été attachés à la personne, car sa santé et son équilibre sont en jeu.

Question subsidiaire : que fait-on pour les autres agents de la fonction publique qui ont assuré des missions indispensables pendant le confinement ? Que fait-on pour les salariés du secteur privé, les caissières par exemple, pour qui ne tomberont pas les primes annoncées ? Que fera-t-on demain pour les professionnels tout aussi exceptionnels face à d’autres drames ? On travaillera plus – car c’est bien ce dont il s’agit – pour leur payer une nuit d’hôtel ou une note de restaurant. Est-ce là le plan ?
Sur quels dangereux pilotis voulez-vous donc fonder la société et les relations sociales de demain ? Quel est, dans cette affaire, le rôle de la puissance publique ? Dans votre histoire, l’État appelle aux dons et encourage les mécènes ! C’est un passe-plat. Il se trouvera sans doute des femmes et des hommes de bonne volonté pour le faire mais, en institutionnalisant cette pratique, vous faites reposer indûment une responsabilité sur leurs épaules. Avant d’appeler aux dons et plutôt que de jouer la carte de la culpabilisation, prenez les décisions politiques qui s’imposent ! N’utilisez pas la générosité de ceux qui soignent et de ceux qui applaudissent pour faire la vôtre ! Ce n’est pas une solution ; en fin de compte, vous faites miroiter ce que vous n’avez pas.

À l’issue de ce moment traumatique pour toutes et tous, au sein du personnel hospitalier ou non, qu’on ait bravé le virus pour se rendre au boulot, qu’on ait cravaché en télétravail, qu’on ait perdu 16 % de ses revenus au chômage temporaire ou qu’on ait été mis au chômage tout court, on a le droit de souffler, de chercher son rythme et de trouver quelque peu obscène qu’on vous prenne par les sentiments – sentiments que le Gouvernement et la majorité n’ont pas eus au moment décisif – en vous demandant un petit effort.

Cette proposition de loi malsaine confirme le renoncement à une véritable solidarité nationale, qui ne fera pas oublier le nombre d’heures supplémentaires non payées ni le nombre de jours de repos refusés au personnel des hôpitaux. Elle nous oriente vers de nouvelles régressions, comme si la lutte des classes opposait ceux qui bénéficient de trop de jours de repos et ceux qui sont trop mal rémunérés pour se payer des vacances. L’argent pour le personnel hospitalier est ailleurs. Inventons, dites-vous, une nouvelle forme de solidarité et rendons possible l’impossible ! Ayez donc ce courage et appelez cela l’impôt sur la fortune ou la taxation du capital !

Encore une fois, vous jouez à faire semblant. Ce n’est pas de charité dont nous avons besoin, mais de justice, et la justice requiert d’autres choix politiques ! (Applaudissements sur les bancs des groupes GDR, SOC et FI.)

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Scrutin public du 2 juin 2020

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