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Permanence des soins au sortir de la crise sanitaire

Voici des années que nous donnons l’alerte sur la compression des dépenses de santé, et sur la mise en position latérale de sécurité de l’hôpital public. Depuis le début de la législature, les personnels de santé ont tout fait pour se faire entendre, et pour défendre un outil commun rien moins qu’indispensable au droit à la santé.

À chaque étape de notre tour de France des hôpitaux, nous avons été alertés sur les fermetures de services, les compressions d’effectifs, les restructurations, les chantages exercés dans le cadre du comité interministériel de la performance et de la modernisation de l’offre de soins hospitaliers – COPERMO – et des contrats de retour à l’équilibre financier. Nous avons aussi constaté que bien des services, pourtant nécessaires, n’ont pas été ouverts, au nom d’un gigantisme hospitalier dont la seule fonction est de tenter de masquer l’affaiblissement généralisé du système hospitalier.

II faut arrêter de dépecer l’hôpital public dans nos territoires, au nom de théories technocratiques bidon, reposant sur un unique fondement, toujours le même : la gestion comptable de notre santé, l’austérité du service public. Des années et des années de politique libérale nous ont amenés à une situation de mise en danger de la santé d’autrui !

Depuis combien de temps demandons-nous le renoncement à cette logique infernale ? Depuis combien de temps demandons-nous l’abandon des plans dits « de réorganisation » ? Depuis combien de temps demandons-nous l’instauration d’un moratoire pour donner de l’air à l’hôpital qui étouffe ? De tout cela, le Gouvernement n’a tenu aucun compte, considérant que la restructuration de l’hôpital public était la réponse aux problèmes. Cet entêtement ravageur doit cesser. N’aurons-nous donc tiré aucune leçon de la crise du coronavirus ?

Elle appelle à arrêter d’urgence la casse. Elle appelle des actes forts envers le monde hospitalier, dont les membres étaient encore dans la rue le 16 juin dernier. Ils ne réclament ni des hommages, ni des médailles, ni même des chèques-vacances, comme l’a proposé la majorité il y a quelques semaines. (Mme Caroline Fiat applaudit.)

Ils revendiquent simplement que l’on fasse en sorte que le jour d’après ne soit pas dans la pente du jour d’avant. Ils demandent les moyens de faire leur travail, tout simplement. Nous avions un hôpital démuni avant la crise, et vous voudriez, chers collègues de la majorité, qu’on continue à le démunir après, alors que démonstration a été faite – tragiquement – du caractère intenable de cette politique ?

Chacun se souvient des propos choquants – vous y faites allusion dans l’exposé des motifs de votre proposition de résolution, cher Jean-Charles Grelier – tenus par le directeur de l’ARS de la région Grand-Est, en pleine épidémie et à son épicentre, selon lesquels il n’y avait pas de raisons de suspendre les restructurations prévues. Ces propos ont sonné comme une provocation insupportable. Ils sont symptomatiques de la prédominance d’une gestion à courte vue, si éloignée du soin et de l’humain. Mais leur auteur n’aurait-il pas dit tout haut ce qu’il fallait se contenter de penser tout bas ?

Il faut donc mettre un coup d’arrêt à cette gestion financière déshumanisée, accompagnée par des outils de contractualisation aux mains des ARS et de l’État, ainsi que par les groupements hospitaliers de territoire. La chasse aux lits est devenue une profession à part entière à l’hôpital, exercée par des gestionnaires de lits, ce qui contribue à la perte de sens et au malaise ressentis par les personnels soignants.

La casse hospitalière en chiffres : 126 établissements de santé ont fermé de 2013 à 2017 ; les deux tiers des maternités ont disparu en quarante ans ; de 1995 à 2016, soixante services d’urgence ont été supprimés dans le secteur public ; 100 000 lits d’hospitalisation ont été supprimés au cours des trente dernières années. Dans le même temps, les besoins en santé ont augmenté, et la médecine de ville est fragilisée – les déserts médicaux en sont le symptôme le plus net.

Face à l’épidémie, il a fallu, faute de capacités suffisantes, prendre des mesures drastiques de confinement ; le Gouvernement a même invité nos concitoyennes et nos concitoyens à s’abstenir de se rendre dans les services hospitaliers. On est toujours rattrapé par le réel !

Le plan d’investissement pour l’hôpital annoncé au plus fort de la crise, et débattu dans le cadre du Ségur de la santé, semble déjà décevoir, laissant de côté plusieurs questions essentielles. Le scénario semble se répéter inlassablement : combien de plans miraculeux ont déjà été annoncés en trompe-l’œil ? Cela n’est plus permis. Notre assemblée doit l’affirmer clairement ; elle doit accomplir un geste fort pour donner le ton, et appeler à un moratoire sur les fermetures de lits à l’hôpital, dont, pour notre part, nous demandons l’abandon.

On manque de lits dans les services, par exemple à l’hôpital de La Timone, où certains malades restent plus de 72 heures sur un brancard, et d’autres sortent de réanimation plus tôt que prévu pour libérer de la place. Il faudrait même rouvrir des lits ! Dès lors, le moins que l’on puisse faire est de décider d’un break.

Même s’il est vrai que les politiques soutenues par les membres du groupe Les Républicains ont leur part de responsabilité dans cette situation, nous souhaitons envoyer un signal aux personnels hospitaliers, qui prévoient une nouvelle journée d’action le 30 juin prochain, et voterons donc la proposition de résolution demandant le gel des restructurations hospitalières pendant douze mois. (Applaudissements sur les bancs des groupes FI, SOC et LR.)

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