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PLF 2014 (séance) : Culture

La parole est à Mme Marie-George Buffet, pour le groupe de la Gauche démocrate et républicaine.
Mme Marie-George Buffet. Nous avons malheureusement à débattre pour la deuxième année consécutive d’un budget de la culture en diminution.
M. Frédéric Reiss. Eh oui !
Mme Marie-George Buffet. Il baisse de 2 % hors inflation par rapport à l’an dernier et de 4,5 % en deux ans, alors que tout aujourd’hui nous appelle à mobiliser les moyens de l’État pour préserver cette exception culturelle qui nous rassemble tous ainsi que l’accès du plus grand nombre à la culture que vous prônez, madame la ministre.
Le chemin pour y parvenir n’est pas de tailler dans l’intérêt général, dans le bien commun, comme le fait le Gouvernement en prenant 9 milliards sur les dépenses publiques, soit 80 % de la réduction du déficit public. Le chemin à prendre est celui d’une indispensable réforme de la fiscalité, une grande réforme permettant l’égalité de traitement entre tous les citoyens et citoyennes, une réforme basée sur une volonté politique : celle de s’en prendre enfin à l’argent inutile pour permettre à notre pays de le faire fructifier et de faire fructifier tous ses atouts.
Ce choix n’a pas été fait, et nous déplorons que nos débats budgétaires ne portent que sur les économies de bout de chandelle à effectuer et les domaines où elles se produiront. La faiblesse des moyens accordés à cette mission aurait au moins dû conduire le Gouvernement à maintenir les ressources de l’an passé. Mais non et, comme l’a souligné le président de la commission, de nouvelles ponctions risquent de déstabiliser certaines de vos politiques.
Vous nous avez dit en commission, madame la ministre, votre fierté que votre ministère contribue à l’effort de redressement de l’économie de notre pays. Permettez-moi là encore de ne pas vous suivre. La culture n’est pas un coût pour l’État, c’est un investissement pour la nation, par ce qu’elle représente pour l’émancipation humaine. Mais même en bonne logique, avec la priorité du Gouvernement pour l’emploi, ce ministère a besoin de moyens car les pratiques culturelles sont une source d’emplois, comme vous l’avez dit. Les industries créatives sont reconnues comme des pôles d’excellence et représentent 1,2 million d’emplois.
Vous nous dites vouloir mener une politique volontariste d’éducation artistique et culturelle, mais les moyens ne suivent pas : il y a en réalité quelque 4 millions de moins pour le soutien à la démocratisation et à l’éducation artistique et culturelle.
Dans le cadre de votre budget dit « contraint », vous êtes amenée à prendre à l’un pour donner à l’autre – entre les lignes budgétaires d’un même programme, entre les trois programmes, voire entre la partie sur les recettes et les missions que nous sommes en train de discuter. Ainsi, dans le seul programme en augmentation, « Transmission des savoirs et la démocratisation de la culture », 6 millions sont retirés aux établissements spécialisés que sont les conservatoires de musique ou d’art dramatique. Comment parler d’accès à la culture pour toutes et tous quand on réduit ainsi les moyens de structures qui accueillent des enfants de tous les territoires, alors que des conservatoires comme ceux d’Aubervilliers, de La Courneuve ou du Blanc-Mesnil témoignent de la vitalité de leur appétit culturel ?
Nous sommes attachés à la diversité culturelle, au soutien aux compagnies, théâtres et studios-théâtres, sur tout le territoire. Mais à nos yeux, cela ne s’oppose pas aux moyens à donner à nos grandes structures nationales telles que l’Opéra de Paris. De même, l’on ne peut se satisfaire de la ponction de 90 millions opérée sur le fonds de roulement du Centre national du cinéma, même si, dans la partie recettes du budget, il a été répondu favorablement au souhait des salles indépendantes d’une baisse de la TVA sur les places de cinéma.
Enfin, vous nous annoncez plusieurs lois pour 2014, celle sur le patrimoine et celle sur la création artistique. Elles sont attendues et vous pouvez compter sur notre implication dans les débats. Permettez-moi d’exprimer un souhait, partagé par les personnels de ces secteurs : celui que ces projets ne soient pas pilotés en amont par le marqueur de la réduction des dépenses publiques.
Enfin, François Hollande avait dit lors de la campagne électorale, à propos de la culture, que les collectivités ne pouvaient se substituer à une politique nationale et qu’il n’était pas favorable à ce que l’État s’efface progressivement. Je partage ce point de vue mais si nous voulons y être fidèles, il faut éviter toute remise en cause du réseau des DRAC dans les lois de décentralisation. J’aurai l’occasion, dans quelques instants, de vous poser une question à ce sujet.
La culture ne peut être considérée comme une marchandise. La France se doit d’affirmer une ambition pour son patrimoine, sa création, la vitalité de la transmission de ses savoirs et de ses activités culturelles. C’est ce que vous prônez, madame la ministre, et je vous en remercie. Malheureusement, le projet de budget qui nous est proposé ne répond pas à ces objectifs. C’est pourquoi les députés du Front de gauche ne pourront le voter.

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