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Protection contre des dangers de la malbouffe

Pour vivre bien, il faut bien manger. Cela paraît une évidence, mais nous savons que cette exigence a peu à peu été entamée par les modifications de nos modes de vie, ainsi que par les pratiques du secteur agroalimentaire. À côté de l’art de la table, qui, dans notre pays, occupe une place si importante, se développe, comme ailleurs, la malbouffe.
Il convient donc d’accorder à notre alimentation le plus grand soin. Bien manger n’est pas d’abord une affaire d’esthètes ou d’épicuriens, c’est une question politique. On peut en ce domaine créer des conditions plus ou moins favorables – et il faut commencer par souligner que nombre de femmes et d’hommes rencontrent des difficultés pour se nourrir au quotidien. Se nourrir, qu’on l’envisage sous l’angle de la quantité ou sous celui de la qualité, est sans conteste une question sociale – même si ce n’est pas que cela. C’est peut-être même le cœur de la question sociale, car il s’agit d’un besoin vital.
C’est aussi une question de santé publique, qui concerne l’ensemble de la population. Et c’est aussi un enjeu économique, qui suppose que l’on s’interroge sur l’organisation de la production. C’est d’autant plus nécessaire que les faiseurs de profits sont de la partie et que leur rapport à notre assiette n’est pas désintéressé. Qui décide réellement de nos repas ? Que pouvons-nous faire pour changer de trajectoire et améliorer notre alimentation à toutes et tous ?
Bien manger est une préoccupation croissante. Nous devons la conforter et la partager, l’inscrire dans des dynamiques nouvelles, au cœur de la société. Il nous est proposé pour cela d’actionner deux leviers : celui de la réglementation et celui de la prévention.
La traque aux additifs n’est pas une passion neuve, mais elle connaît un regain salutaire. Or les produits transformés et les plats préparés sont, pour de multiples raisons, fabriqués avec nombre de substances ajoutées. Il paraît nécessaire de mieux contrôler ce qu’ils contiennent. Il faut le faire de façon méticuleuse, afin de respecter un certain nombre de savoir-faire traditionnels et artisanaux, qui font la renommée de notre gastronomie et ont peu à voir avec les stratégies d’inondation du marché que peuvent développer certains grands industriels.
Parmi les facteurs à mieux maîtriser, il faut, dans le même état d’esprit, s’intéresser à l’utilisation du sel et du sucre, dont nous savons les effets négatifs sur le métabolisme lorsqu’ils sont ingérés en trop grande quantité. Exiger que soient respectées les normes de l’Organisation mondiale de la santé paraît être la moindre des choses, même s’il faut là encore veiller à préserver les savoir-faire de nos territoires.
Qui peut ignorer les dégâts que peut produire une alimentation de mauvaise qualité ? Qui peut ignorer que de grandes firmes s’occupent de façonner nos goûts et nos désirs pour nous accoutumer, nous fidéliser, nous rendre « accros » ? Qui peut ignorer que certaines substances ajoutées le sont pour masquer ce qui fait défaut ou compenser la piètre qualité des matières premières ? Il faut donc traiter de concert les phénomènes de surconsommation et de malconsommation, en questionnant la nature même des produits agroalimentaires.
D’un autre côté, s’il faut commencer par agir sur la production, il faut aussi agir sur la consommation. En la matière, on sait que de nombreuses habitudes se forgent dès l’enfance. La vulnérabilité particulière des enfants aux messages publicitaires n’est pas à démontrer. Pourtant, les grandes firmes n’ont aucun scrupule à s’adresser à eux pour actionner leurs désirs et instrumentaliser leur imaginaire, afin de les faire entrer dans le grand bain de la mode et stimuler leurs pulsions de consommation.
Sans contester le moins du monde l’utilité des slogans du type « manger-bouger », peut-on en rester là ? Le nutri-score mériterait d’être pleinement utilisé. La prévention passe aussi par l’éducation ; si elle est déjà présente dans les programmes et ne semble pas avoir vocation à devenir une matière en soi, nous proposons de lancer une expérimentation visant à permettre aux enfants d’accéder à un diététicien, notamment dans les établissements regroupant les populations proportionnellement les plus touchées par les mauvaises pratiques alimentaires.
Nous savons en effet que l’obésité frappe de manière différenciée, et qu’elle se rencontre plus fréquemment dans les milieux populaires, parmi les employés et les ouvriers, que chez les cadres supérieurs.
Il faut agir avec vigueur pour ne pas laisser s’installer des pratiques alimentaires à deux vitesses. Et, s’il est décisif de développer une culture du « bien manger » et une véritable conscience des dangers de la malbouffe, car nous savons que cela aura incontestablement des effets, nous savons que, pour bien manger, il faut avoir un minimum de moyens. Nous savons que, contrairement à une idée reçue, il ne suffit pas de le vouloir. Par exemple, les produits estampillés « Label vert » sont, au passage en caisse, de 30 à 50 % plus chers que les autres produits. Ces inégalités se traduisent directement dans les corps et dans l’espérance de vie.
Nous sommes là au cœur de questionnements essentiels qui renvoient autant au rapport au corps qu’au rapport à l’environnement. Changer d’alimentation pour une alimentation plus saine, c’est aussi changer de modèle agricole et cela doit se faire avec le monde paysan. On cherche de nouveaux modes de production, de consommation, de distribution et d’échanges. Comment ne pas citer ici ceux qui s’organisent en associations pour le maintien de l’agriculture paysanne, qui développent des circuits courts, des marchés de pays ? Comment ne pas penser aux mairies qui privilégient la qualité des repas servis dans les cantines plutôt que le moins-disant en matière de prix à l’achat ? Comment ne pas évoquer également les coopératives de l’agroalimentaire qui ambitionnent d’adopter d’autres démarches ? Je pense à l’expérience de SCOP-TI qui s’efforce de produire un thé avec des arômes naturels, ou de La Belle Aude, qui fabrique des glaces avec des fruits...
Pour que la santé soit au rendez-vous dans nos assiettes, il faut accepter d’en payer le prix juste, ce qui appelle – mais c’est un autre sujet – des augmentations de pouvoir d’achat, et la désintoxication des logiques de rendement maximum et de rentabilité financière qui vont jusqu’à affecter notre alimentation. C’est bien l’exigence de qualité, celle du « bien manger », que nous devons partager du producteur au consommateur – et il y a encore beaucoup à faire pour s’en donner ensemble les moyens. Ce n’est d’ailleurs pas ce qui est au cœur des accords de libre-échange qui se multiplient – et nous entendons protester si souvent contre le rejet des normes et de la régulation alors que nous sommes sommés de nous y soumettre. La France a un rôle à jouer, avec d’autres, pour faire prévaloir de nouveaux paradigmes, pour sortir de la course au profit financier qui abîme l’homme et la planète. Un adage populaire dit que l’on est ce que l’on mange. Une expression populaire y répond : je ne suis pas dans mon assiette. Reprendre le pouvoir sur nos assiettes est donc une question politique large. C’est là aussi une révolution à mener. (Applaudissements sur les bancs des groupes FI et SOC.)

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Pierre
Dharreville

Député des Bouches-du-Rhône (13ème circonscription)

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