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Question sur la Montagne d’or

Beaucoup a été dit ce matin sur ce dossier. Vous l’avez compris, votre décision politique sera cruciale et significative.
D’un côté, nous avons un territoire français, disons-le, loin des yeux et loin du cœur de la grande majorité de nos concitoyens, c’est une réalité. Un territoire souvent considéré comme oublié, ce qui est vrai, où la population est en proie aux pires difficultés économiques et sociales et pour une partie de laquelle tout projet de création d’emplois peut être une bouffée d’oxygène à court terme – mais à effet nul à terme s’agissant du secteur extractif, comme le montre l’étude du cabinet Deloitte.
De l’autre côté, il y a des hommes et des femmes qui vivent au cœur d’un territoire d’une richesse mémorielle, culturelle et patrimoniale parmi les plus denses et les plus remarquables de la planète. En somme, un vivier du vrai vivant.
C’est là que les Guyanais, du moins une majorité d’entre eux, identifient leur voie de développement économique et social. C’est là que le Gouvernement, dans la concrétisation d’une priorité affichée, pourrait trancher en faveur du développement durable et contre ce qu’il faut bien appeler un capitalisme prédateur et court-termiste.
J’ai lu récemment que jusqu’à une période récente, les scientifiques n’avaient pu identifier les vestiges archéologiques des remarquables champs de cultures vivrières sur butte des paysans précolombiens : pour cela, il a fallu procéder à une exploration aérienne. Monsieur le ministre d’État, prenons de la hauteur et évitons cette gigantesque extraction pour préserver la terre de Guyane au bénéfice des hommes et de femmes de là-bas et d’ici – qui sont finalement les mêmes.
Mme la présidente. La parole est à M. le ministre d’État.
M. François de Rugy, ministre d’État. Monsieur le député, votre question d’ordre général me permet d’évoquer une contradiction que l’on retrouve souvent – je suis sûr que vous en auriez de nombreux exemples dans votre propre territoire d’élection – entre deux impératifs que nous devons concilier, à savoir d’une part l’activité économique, qui se fait au service de l’humain – bref l’activité humaine tout court, car en fait, et même pour ceux qui proclament « l’humain d’abord ! », les humains doivent travailler pour vivre – et d’autre part la protection de l’environnement. Cette conciliation est précisément l’objet de la notion de développement durable. Je me donne systématiquement pour mission d’essayer de concilier économie et écologie. Ce n’est jamais facile, mais il faut reconnaître qu’avec ce projet Montagne d’or, avec l’exploitation de l’or en Guyane, nous sommes en plein cœur de cette contradiction et que la tâche se révèle donc particulièrement ardue.
Nous devons en être pleinement conscients.
On peut toujours dire que l’exploitation de l’or est une activité exercée par des compagnies mondiales capitalistes et prédatrices. Mais il ne faut pas perdre de vue que l’or est utilisé à 90 % pour la fabrication de bijoux. Je ne sais pas si, parmi vous, nombreuses sont les personnes déterminées à ne plus porter le moindre bijou en or, mais c’est cette utilisation essentiellement qui rend l’or rare et précieux ; c’est ce qui fait que certains sont prêts à aller le chercher même si c’est compliqué, même si les problèmes en termes de sécurité et d’environnement sont considérables.
Ce que je vous dis aujourd’hui très clairement, c’est que s’il se révèle impossible de concilier les deux impératifs que j’ai évoqués, à un moment donné il faudra trancher. C’est ce que nous serons amenés à faire prochainement au sujet du dossier de la Montagne d’or.

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Hubert
Wulfranc

Député de Seine-Maritime (3ème circonscription)

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