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Reconnaissance nationale aux soignants et création d’un statut des enfants de soignants décédés du covid 19

Nous sommes saisis du projet de résolution témoignant de la reconnaissance nationale à tous les soignants et portant création d’un statut pour les enfants de soignants décédés du covid-19. Vous considérez ainsi, chers collègues de la majorité, que « la crise sanitaire rappelle l’attention que nous devons porter à notre système de soins » et vous soulignez « l’engagement de tous les personnels de santé » – je cite à mon tour le texte de la proposition de résolution.

Au nom de la décence, je dois vous dire que ces propos laissent, à nombre de nos concitoyens et à nous-mêmes, un goût très amer. En effet, ce sont précisément l’ensemble de ces personnels de santé – médecins, infirmiers, ambulanciers, aides-soignants, agent techniques et administratifs, travaillant à l’hôpital, en ville, dans les EHPAD ou fournissant des services à domicile – qui, depuis plus de deux ans, vous alertaient sur leurs conditions de vie et de travail. Ils sont d’ailleurs entrés dans la lutte contre la pandémie dans un contexte d’épuisement et de pénurie de moyens dont vous êtes en partie responsables.

Oui, nombre d’entre eux ont croisé le chemin de la mort. Il est tellement évident qu’il faut prendre en considération le sort des enfants dont la mère ou le père est décédé des suites d’une maladie contractée à son travail, au service quotidien des malades, que la création d’un statut spécifique est indispensable.

Cependant, lorsque l’on veut bien faire les choses, il faut agir dans le respect de la justice. Nous vous le disons, comme d’autres avant nous, hors de toute polémique : de nombreux salariés ont continué à travailler durant la crise, œuvrant totalement ou partiellement dans des conditions de sécurité insuffisantes, voire très insuffisantes ; ceux des transports, de la grande distribution, de l’hygiène et de la propreté, et tant d’autres, dans l’industrie ou les services, ont été assignés à des tâches indispensables à la vie du pays. Ne commettez pas la maladresse de ne pas élargir le statut que vous allez créer aux enfants de tous les salariés actifs durant cette séquence tragique et qui ont perdu la vie car ils travaillaient à faire tenir le pays ! (Applaudissements sur les bancs des groupes GDR et FI.) Le groupe de la Gauche démocrate et républicaine a l’intime conviction que les Français espèrent cette décision magnanime.

Par ailleurs, en écho à l’hommage que le chef de l’État invite à rendre aux soignants le 14 juillet, nous appelons l’attention de l’Assemblée sur l’attente ardente des familles de victimes, quelles qu’elles soient, de la désignation d’un temps spécifique et de l’installation de lieux de mémoire, au cœur même des communes de France, pour rendre hommage à toutes les victimes. Vous le savez, les conditions de deuil sont parmi les plus éprouvantes qu’il nous ait été donné de connaître : stupeur après la brutalité de la séparation, éloignement et invisibilité de la personne décédée, litanie froide du décompte quotidien des victimes – tout s’est conjugué pour désincarner, déspiritualiser et désocialiser la mort. Il s’agit d’un moment très douloureux, qui correspond à une rupture quasi anthropologique. Nous vous invitons à en prendre toute la mesure et à décliner des dispositions mémorielles de nature à apaiser la société.

Enfin, cette maladie, sans forcément conduire à la mort, a aussi considérablement atteint l’intégrité physique et mentale de certains salariés. Sans préjuger des conclusions des enquêtes médicales qui interviendront, nombreux sont ceux qui, à cause de leur travail, sont sortis de cette période avec des séquelles lourdes, de nature incapacitantes, dans un état de santé invalidant. Vous devez donc aussi vous prononcer sur ces situations : devront-ils suivre une procédure longue et complexe de reconnaissance de maladie professionnelle, ou pourront-ils avoir recours à une déclaration d’accident du travail, disposition d’urgence plus simple ? Quoi qu’il en soit, des décisions sont attendues de votre part, pour que chaque salarié fasse valoir ses droits.

Vous aurez compris que le groupe de la Gauche démocrate et républicaine votera cette résolution, sans vous exonérer le moins du monde de vos responsabilités et des réponses en réparation que les Français exigent de votre part. (Applaudissements sur les bancs du groupe GDR.)

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Scrutin public du 26 mai 2020

Reconnaissance nationale aux soignants et création d’un statut des enfants de soignants décédés du Covid-19

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Hubert
Wulfranc

Député de Seine-Maritime (3ème circonscription)

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