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Travail : réforme des retraites

Depuis des mois, monsieur le ministre, vous tentez d’enfermer les Français dans un raisonnement arithmétique simpliste : « Nous vivons plus longtemps, donc nous devons travailler plus longtemps » ou encore : « Le nombre d’actifs ne sera pas suffisant pour financer la retraite à soixante ans, le nombre de retraités grandissant ». C’est là où commence le mensonge d’État, le mensonge par omission. (Protestations sur les bancs du groupe UMP.)
Je peux vous le prouver, chiffres en main !
Ainsi vous omettez volontairement de souligner qu’un actif d’aujourd’hui produit deux, quatre, dix fois plus, voire davantage, de richesse qu’il y a quarante ans, donc qu’il y a plus d’argent qu’auparavant pour financer la retraite et la protection sociale.
Cette réalité, les Français la connaissent et c’est pour cela qu’ils étaient plus de trois millions dans la rue, et que, fait important, cette mobilisation sans précédent est soutenue par plus de 70 % des Français.
Nicolas Sarkozy a une idée fixe : ne plus faire contribuer les employeurs de façon suffisante et juste pour financer les retraites, mais faire payer les conséquences de la crise de votre système capitaliste aux salariés, aux familles, afin de satisfaire aux exigences de la loi du marché, des riches dont la soif de profit est insatiable en n’envisageant à aucun moment de faire contribuer le capital au même niveau que les employeurs et les salariés.
N’est-ce pas Nicolas Sarkozy, candidat à la présidentielle, qui jurait qu’il ne toucherait jamais à nos retraites et à l’âge de la retraite ? Décidément, ce n’est pas un homme de confiance qui nous gouverne. Les Français le constatent toujours plus chaque jour.
La France n’a jamais produit autant de richesses. Pourtant pour arriver à ses fins, le Président de la République culpabilise les travailleurs, le peuple, notamment les plus fragiles. Pour faire passer ses réformes antisociales, sentant le climat plutôt agité, il fait diversion avec son thème fétiche de l’insécurité, déshonorant notre République, tant ses décisions et ses propos sont choquants.
La colère gronde. Toutes les générations sont dans la rue face à l’arrogance de votre politique.
Il n’y a pas que le travail qui se vit, la retraite aussi ! Elle n’est pas une fin en soi, mais une nouvelle phase de la vie, à condition de pouvoir en bénéficier à temps, en bonne santé, avec une pension décente. Vous prétextez que l’allongement de la vie impose celui de la durée du travail et des cotisations. Mensonge !
Combien de milliers de salariés sont mis à la porte des entreprises avant d’atteindre l’âge légal de la retraite pour cause de plans sociaux. Combien de départs dits « volontaires » ou « négociés » sont organisés par le patronat avec votre soutien ? Combien de jeunes attendent devant la porte des entreprises ? Comment osez-vous différer l’âge légal de départ en retraite à soixante-deux ans ? Et encore, dans votre esprit, ce n’est qu’un début. Faire travailler les seniors, c’est aussi freiner la promotion des jeunes.
Hier, un des milliers de manifestants du Havre avait écrit sur une pancarte : « Ma retraite à soixante ans c’est de l’emploi pour mes enfants ».
Le rapporteur expliquait lundi lors d’une réunion de la commission sociale du Conseil de l’Europe qu’il faut trois départs en retraite pour embaucher un jeune. N’est ce donc pas essentiel pour l’emploi des jeunes de maintenir l’âge légal de départ en retraite à soixante ans ? Pourquoi préférez vous des vieux travailleurs qui s’épuisent au travail, et des jeunes qui galèrent et qui trafiquent dans la rue ?
Vous persiflez qu’il n’existe pas d’autre solution que de travailler plus, de cotiser plus, sans parler du « toucher moins », car vous videz les caisses. À qui la faute ? Pas à la démographie, mais aux somptueux cadeaux sous forme d’allégement de charges sociales que vous accordez aux grands groupes industriels, pour alimenter les profits prohibitifs de leurs actionnaires lesquels, en plus, bénéficient de votre bouclier fiscal ! Combien cela représente-t-il de manque à gagner pour le budget de l’Etat ?
Vous infligez une double peine aux travailleurs, quand vous dilapidez les deniers de l’Etat pour liquider nos emplois, nos outils industriels, en versant de l’argent public afin d’accompagner les licenciements, les délocalisations, la spéculation.
Ce qui se passe dans ma circonscription reflète le contexte national.
Après Plastic Omnium et ses 300 suppressions d’emploi, c’est un autre équipementier, Cooper, qui annonce une fermeture d’usine au premier trimestre 2011 ; près de 300 salariés sont jetés à la rue. Le fonds de modernisation des équipementiers automobiles, qui travaille avec de l’argent public, va racheter La Barre-Thomas, dont le propriétaire est un fonds d’investissement américain, pour opérer une fusion avec l’entreprise Cooper : née avec de l’argent public, celle-ci meurt avec de l’argent public. Quelle ironie !
Sur ce même territoire, citons Renault Sandouville avec un plan de 1 400 départs volontaires à la retraite, les industries portuaires où jusqu’à 150 emplois disparaissent chaque année, l’aéronautique avec cent départs négociés chez Aircelle. Dans la pétrochimie, Total Petrochemicals a mis en œuvre deux plans successifs ; le premier n’est pas achevé que, dans le cadre du suivant, on annonce 150 suppressions d’emplois, toujours « négociées ». Exxon Mobil en prévoit 133. Dans la chimie enfin, la Raffinerie Total dans ma ville de Gonfreville l’Orcher annonce 290 suppressions programmées entre 2010 et 2012 : autant de salariés qui n’atteindront pas la retraite à soixante ans.
La casse de l’emploi continue dans tous les secteurs d’activité et s’y ajoutent les destructions d’emploi dans les petites et moyennes entreprises, chez les sous-traitants, les intérimaires.
Dans tous ces plans, ce sont les plus âgés qui partent. Ils disent tous que c’est pour préserver l’emploi de nos jeunes. Ne pensez vous pas que ces travailleurs ont le sens de l’intérêt général ? Vous parlez de relance de l’emploi, de l’économie. Allez le leur expliquer ! Non, l’argent public ne doit pas servir à « sponsoriser » les riches comme vous le faites. Il doit servir à soutenir l’emploi, nos industries, la santé, l’éducation, la justice... tout ce qui sécurise et participe à une meilleure qualité de vie pour les citoyens.
Pour bien faire cela, pour disposer de cet argent public, il faut des prélèvements fiscaux et des cotisations. Il est indispensable de le faire partout, pour tous les travailleurs dans le monde, ce qui règlera aussi le problème de la concurrence.
Ce qui caractérise vos idéaux de droite, c’est le non partage des richesses créées par les travailleurs à la faveur de votre hobby, la financiarisation de l’économie. Depuis des années, vous bradez la France. Roland Muzeau a démontré que c’était même l’ensemble des acquis du Conseil national de la Résistance que vous sabordez. Vous imposez la gouvernance des actionnaires, je dirais même, comme Jean-Claude Sandrier, la dictature de la finance contre la démocratie et la satisfaction des besoins du peuple.
Seule une nouvelle répartition des richesses entre travail et capital, combinée au développement de l’emploi qualifié et rémunéré à sa juste valeur, permettra de répondre efficacement à l’enjeu du financement de notre modèle de protection sociale et de préserver cet acquis qu’est la retraite, un droit précieux, libérateur pour tous, mais surtout pour la classe populaire usée par la détérioration de ses conditions de travail.
Instaurer cette nouvelle répartition, c’est tout le sens de la proposition de loi déposée par le groupe communiste, républicain, et du parti de gauche.
Les mesures annoncées par l’Elysée n’ont pas pour objectif de prendre en compte la pénibilité, mais de démobiliser le peuple en lutte. Les Français ne sont pas dupes et ils sauront se mobiliser encore plus afin de vous contraindre à faire d’autres choix pour financer la retraite à soixante ans avec un niveau de pension qui permette de vivre dignement. (Applaudissements sur les bancs du groupe GDR et sur de nombreux bancs du groupe SRC.)
 

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Jean-Paul
Lecoq

Député de Seine-Maritime (8ème circonscription)
Voir cette intervention sur le site de l'Assemblée Nationale

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