Interventions

Evaluation et contrôle du Gouvernement

Question sur la politique des retraites

Monsieur le secrétaire d’État, un mouvement social puissant se développe partout en France, témoignage d’un rejet profond de votre projet et d’une grande colère. Depuis deux ans et demi, vous avez pourtant eu le temps de convaincre : vous y avez mis beaucoup de moyens, et vous avez échoué.

Alors que vous prétendez simplifier, plus rien ne sera simple. Chaque fois que vous précisez vos intentions, vous montrez en réalité la nocivité globale de votre système. Vos garanties sont, hélas, en carton-pâte. Par exemple, rien n’est clair sur le taux de remplacement. Si vous voulez vraiment améliorer les choses, pourquoi choisir de casser l’édifice existant au lieu de chercher à l’améliorer ? Pointer ses insuffisances, que nous pointions avant vous – tant le droit à la retraite a été abîmé par les différentes réformes au cours des dernières décennies –, ne fait pas de votre projet un cheval de course.

Vous le présentez comme si son objet était de mettre fin à des injustices, qu’il accroîtra en réalité, et à de prétendus privilèges : or, il ne s’attaque pas aux véritables privilégiés.

Parce que l’on vous a vu à l’œuvre, tout le monde a compris qu’après avoir attaqué la sécurité sociale, l’assurance maladie et l’assurance chômage, vous voulez désormais porter atteinte au droit à la retraite. Quoi de plus normal ? Vous avez attaqué le code du travail et la reconnaissance de la pénibilité ; vous avez dégradé les conditions de travail et développé la précarité : vous essayez maintenant d’en tirer les conséquences en matière de retraite.

Le problème est que vous n’assumez pas la véritable nature de ce projet. Nous sommes au cœur d’un enjeu de société majeur : la retraite, c’est le droit d’être pleinement libéré du travail prescrit pour le dernier temps de sa vie, en étant encore en bonne santé.

Or votre projet vise, en réalité, à baisser le niveau des pensions, à allonger le temps de travail et à individualiser les retraites en faisant de chacun l’auto-entrepreneur de sa vie. Ce projet change donc la philosophie même du droit à la retraite comme garantie collective solidaire.

C’est pourquoi vous devez retirer votre projet, pour prendre le temps d’une réforme qui rassemble – les conditions n’en sont pas réunies. De quoi êtes-vous réellement prêt à discuter avec les partenaires sociaux ? (Applaudissements sur les bancs des groupes GDR et FI. – Mme Laurence Dumont applaudit également.)

M. le président. La parole est à M. le secrétaire d’État.
M. Laurent Pietraszewski, secrétaire d’État. Il est vrai que, pour réussir cette grande transformation de la société, il faut obtenir le consensus le plus large possible : c’est un défi.

Il faut expliquer, écouter ; parfois aussi, il faut bouger. Je ne suis au Gouvernement que depuis trois semaines et je peux vous assurer qu’il bouge : même si vous estimez que ce n’est pas assez ou dans le sens que vous souhaiteriez, en tout cas, je le vois bouger.

Vous m’interrogez sur les sujets dont le Gouvernement est prêt à discuter avec les partenaires sociaux.

Je vous rapporte ce que j’ai constaté ce matin, lors de la séance de travail sur la pénibilité et l’emploi des seniors : une volonté claire des partenaires sociaux de discuter des différents critères que nous avons précédemment évoqués. Je précise, car l’expression vient d’eux, qu’ils souhaitent le faire de façon intelligente. Il ne s’agit pas de créer une usine à gaz inutilisable, qui ne serait favorable ni au salarié ni à l’entreprise.

Il existe donc une volonté de construire de façon pragmatique et d’élargir la réflexion à la santé au travail, afin d’envisager de futures mesures de prévention et de réorientation professionnelle. S’il faut en effet réparer, lorsque le salarié s’est trouvé en situation de pénibilité et qu’il est trop tard, il faut également prévenir, non seulement par la formation mais aussi en utilisant des outils techniques. Il existe déjà des solutions : dans le domaine de la logistique, grâce à l’investissement dans des exosquelettes, l’accompagnement d’un support externe peut protéger le travailleur.

Je vous prie de m’excuser, monsieur le président : je sais que je suis trop long. Je tiens à indiquer à M. Dharréville que je connais la force de son engagement pour faire que le système de retraite que nous mettons en place soit solidaire. Je voudrais lui dire, même s’il ne me croit pas, que j’ai la même force et le même engagement : le système que nous proposons sera plus solide, résistera aux évolutions démographiques, économiques et sociologiques, et assurera – ce qui, au fond, est son objectif comme le mien – une retraite solide à tous

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Pierre
Dharreville

Député des Bouches-du-Rhône (13ème circonscription)

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