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Evaluation et contrôle du Gouvernement

Question sur la réforme des retraites

Toute réforme des retraites doit répondre à la question suivante : vit-on pour travailler, ou bien est-ce l’inverse ?

Pour leur part, le Gouvernement et la majorité croient qu’il faut vivre pour travailler ; ils n’ont pas compris qu’ils étaient les seuls. Le peuple français vous le dit de toutes les manières depuis exactement deux mois : il veut travailler pour vivre. Dès lors, il ne peut accepter que la fin de l’espérance de vie en bonne santé arrive avant la retraite.

Les Français veulent bien vivre leur vieillesse, et partir à la retraite à un âge décent, et alors que leur condition physique est supportable. Je rappelle qu’en France, l’espérance de vie en bonne santé est de 64 ans pour les femmes, de 62,7 ans pour les hommes ; elle varie, selon les professions, de dix ans. Un ouvrier peut espérer vivre sans problèmes sensoriels et physiques jusqu’à 59 ans ; et on va lui demander de partir à la retraite à 65 ans ?

Il faut compter aussi avec le taux d’emploi des seniors, qui est de 30 % : dès lors, ceux qui le voudraient ne peuvent pas continuer à travailler, ou de trouver un emploi.

Vos arguments ne trompent personne, et ce depuis le début. C’est la raison pour laquelle la contestation ne s’arrête pas. Assumez donc que vous voulez abaisser le montant des retraites par répartition à un niveau si ridicule que les gens seront obligés de se payer une retraite complémentaire. Cette réforme est un cadeau à vos amis des fonds de pension.

Les députés communistes ont proposé, à l’inverse, de ramener à 60 ans l’âge de départ à la retraite à taux plein. Voilà une mesure de progrès social ! Il faut pouvoir profiter de sa vie après le travail ; la contestation montre que c’est la volonté des Français. À vous de les écouter et de retirer votre réforme. Ayez le courage de la soumettre au référendum ! (M. Fabien Roussel applaudit.)

Mme la présidente. La parole est à Mme la ministre.

Mme Agnès Buzyn, ministre. Vous opposez travail et vie, or, fort heureusement, on peut vivre en travaillant.

Nous souhaitons que les conditions de travail des salariés et des fonctionnaires soient bonnes. Tout l’objet de cette réforme est de le permettre. Elle permettra ainsi d’étendre les critères de pénibilité à la fonction publique. Ce travail sera particulièrement intéressant pour la fonction publique hospitalière ; je pense ici aux aides-soignantes.

La réforme nous donne aussi l’occasion de débattre de la fin de carrière, et notamment des reconversions possibles en deuxième partie de carrière, qui amélioreront la situation de ceux qui ont exercé des métiers pénibles.

Nous travaillons en outre sur la retraite progressive, suivant le souhait de nombreux Français, qui veulent éviter que la retraite ne constitue une rupture, douloureuse pour certains.

Je ne comprends pas que vous opposiez systématiquement le travail et la vie. L’objectif de la réforme n’est pas de faire travailler ad vitam aeternam.

Loin de là. Elle permet de traiter un problème démographique : le ratio entre actifs et retraités est de moins en moins favorable ; or nous considérons qu’il est impératif de préserver les pensions des seniors.

Enfin, vous demandez un référendum. Il me semble pourtant que le Parlement est le lieu légitime pour voter la loi. Je m’étonne que les députés, qui ont reçu mandat de débattre, de rédiger des amendements afin d’améliorer les textes de loi, décident de se décharger de leurs responsabilités…

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Jean-Paul
Lecoq

Député de Seine-Maritime (8ème circonscription)

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