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Débat sur l’opportunité de la 4e révolution industrielle, économique et écologique

La communiste que je suis est forcément heureuse de parler de révolution, vous vous en doutez.

(Sourires.) Encore faut-il savoir laquelle, comment la faire et avec qui – questions évidemment cruciales.

Nous vivons vraiment une période charnière, qui appelle de grandes transformations. En tout cas, les citoyens s’interrogent sur la nécessité de repenser tout un système délétère à bien des égards, et pas seulement nos pratiques. Selon l’historien américain Mike Davis, le covid-19 a ouvert la boîte de Pandore en exposant toutes les failles du capitalisme mondialisé. Il ne faudrait pas que l’espoir reste au fond de la boîte, ce que l’on peut néanmoins redouter.

La propagation du covid-19, décrite comme une maladie de l’anthropocène, est liée à la façon dont les êtres humains habitent et utilisent la terre. Nous pouvons établir un lien entre santé mondiale et activités économiques climaticides. Dans de nombreuses régions du monde, l’industrialisation de la pêche et la déforestation massive ont donné naissance à de nouvelles maladies dont on peut craindre qu’elles ne se multiplient.

Confrontés à l’urgence sanitaire et écologique, nous voyons bien qu’il faut prendre des mesures de rupture. Nous appelons à une réelle révolution écologique qui, il faut le dire franchement, implique la réorientation ou l’arrêt de secteurs entiers de l’industrie. Une telle révolution doit se faire avec les citoyens et même être décidée par eux à partir de leurs besoins – cette implication citoyenne doit donc en être le moteur.

Avec cette révolution et ses ruptures indispensables, il s’agit de rompre avec la logique du profit à tout prix qui a affaibli et même amputé la capacité de réponse sanitaire des États face à la crise. Après l’épidémie du syndrome respiratoire aigu sévère, le SRAS, en 2003, deux vaccins étaient en cours de développement dans des laboratoires américains. Sans financements et but commercial suffisamment importants, les recherches avaient été arrêtées alors que ces vaccins auraient pu être aujourd’hui d’une grande valeur.

Dans le monde, des millions de personnes pourraient basculer dans la faim. Dans notre pays, les files se sont allongées devant le Secours populaire et les banques alimentaires ; des étudiants sont en « mode survie » ; des parents préfèrent sauter le repas du midi pour le laisser à leurs enfants qui n’ont plus accès à la cantine. Pourtant, les denrées existent sur notre planète. Même si aucune pénurie n’est en vue, la loi du marché menace de jeter des centaines de millions d’êtres humains dans la détresse.

Cette logique kafkaïenne s’est retrouvée dans la gestion de l’épidémie en France. Depuis le début de la crise, professionnels de la santé publique et citoyens demandent des masques gratuits pour toute la population. Refus. Depuis de nombreuses années, les personnels soignants exigent une injection financière significative dans l’hôpital public. Refus.

Ce système est guidé par le profit maximum. Ceux qui le soutiennent, comme ceux qui l’alimentent, ont des responsabilités en ce qui concerne tant les causes de ce virus que notre capacité à y faire face.
Compte tenu du temps qui m’est imparti, j’en viens aux propositions sans m’étendre davantage sur la gestion de la crise.

L’écologie risque de perdre du terrain à l’occasion de la relance : la Chine a annoncé un plan qui repose largement sur l’exploitation du charbon ; Donald Trump démantèle les normes antipollution des véhicules ; en France, des millions d’euros sont versés à de grandes entreprises qui se fichent éperdument de l’humain et du non-humain. On s’en tient à des slogans : « Transition écologique au cœur de l’après », « Green Deal » et autres.

Or les solutions existent. Elles appellent des changements très profonds et urgents. Nombre de citoyens aspirent pourtant à ces ruptures qu’il faut mettre au cœur des choix.

Nous vous soumettons quelques mesures d’urgence : désarmer les marchés financiers ; conditionner les aides de la Banque centrale et celles aux entreprises à la reconversion sociale et écologique de ces dernières ; désintoxiquer les banques françaises des actifs pétroliers ; soutenir massivement les services publics ; engager un plan ambitieux de relocalisation de l’agriculture ; miser sur l’intelligence et l’implication citoyenne qui se déploient dans la société ; réfléchir au numérique et à son articulation avec les questions écologiques.

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Elsa
Faucillon

Députée des Hauts-de-Seine (1ère circonscription)

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