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Bioéthique

L’éthique de la biologie et de la médecine appelle une exigence sans faille, celle d’affronter les questions posées sans détour, de les regarder droit dans les yeux sans se laisser prendre de vertige ou d’émotion, en interrogeant les évidences. La quête éthique, qui est une œuvre démocratique, appelle la raison critique. C’est à ce prix que peut se construire une réflexion individuelle et que peuvent se dénouer les controverses collectives.

Sans atteindre la perfection, notre assemblée a cependant produit des efforts tendant à assurer le respect de la dignité de la personne humaine. Pour l’essentiel, cette exigence cruciale a été respectée et honorée, avec des arguments suffisamment fondés pour ne pas justifier des glissements redoutés.

Bien sûr, ce texte induit – parfois bien moins qu’on l’a dit – des transformations de notre rapport à l’existence. Mais nous n’y voyons aucune rupture civilisationnelle. L’assistance médicale à la procréation avec tiers donneur, qui a occupé le devant de la scène, existe depuis de nombreuses années. N’avons-nous pas simplement tiré, ici, les leçons des modifications des structures familiales, du droit de la famille et du mariage, du droit de l’adoption et des évolutions de l’assistance médicale à la procréation elle-même, pour en ouvrir l’accès à toutes les femmes ?

Nous comprenons que cela puisse soulever des questions : c’est le cas pour des collègues de notre groupe, et des doutes peuvent subsister en chacun d’entre nous. Nombre de ces questions, fondées, appellent une réponse que fourniront les conditions d’application du texte.

Certains ont voulu voir dans ce projet de loi une attaque contre la figure du père et de l’homme dans notre société. Tel n’est pas son objet, et il ne s’agit pas ici de forger un nouveau modèle universel. Mais nous pensons, en effet, qu’il faut se défaire des dominations imprimées par le patriarcat pour parvenir à une société d’égalité, et cette loi n’y suffira pas. (Mme Cécile Untermaier applaudit.)

La technique nous change depuis la nuit des temps. Elle s’inscrit dans un processus civilisant et humanisant, à condition qu’elle ne prenne pas le dessus, qu’elle n’avilisse pas, qu’elle ne serve pas la destruction de nous-mêmes ; elle donne alors matière à améliorer la vie, à réparer, à suppléer. Elle ne peut pas tout, cependant – et elle ne doit pas tout. Nous devons conserver le recul nécessaire pour donner, si besoin, des coups de guidon, des coups d’accélérateur ou des coups de frein ; le recul qui permet d’élucider le sens pour respecter tout l’humain.

Or il faut bien mesurer que, si le moteur du développement technologique doit être la quête insensée du profit, nous perdrons. Les filets des accumulateurs de richesses sont jetés partout. Il faut les tenir à distance de la personne humaine dont ils pourraient, plus ou moins incidemment, faire un marché. Dès qu’il y a une demande, il s’en trouve quelques-uns pour fournir une offre. Et certains de penser que tout demande mérite une offre, que tout désir ou tout manque doit légitimement être comblé. Tout ne serait question que de prix à payer, comme si l’éthique pouvait s’en accommoder.

Nous avons vu, au cours de nos débats, que les intérêts privés cherchent à élargir le champ de leurs petites affaires. Il a fallu réaffirmer fermement que nul ne saurait faire commerce de la vie humaine, de la personne humaine et de tout ce qui relève de l’ordre de la personne, et que nul ne saurait instrumentaliser les corps. Il a fallu batailler pour préserver les logiques de don, et je regrette que ce projet de loi les ait en partie fragilisées.

Pour que cette loi soit pleinement bioéthique, pour qu’elle ne soit pas qu’une pétition de principe, pour qu’elle n’ouvre pas la porte à son contraire, il faut mettre sur la table les moyens de son application et les services publics qui lui correspondent. C’est là, souvent, que la bioéthique s’abîme dans les faits.

Comme le dit Lucien Sève dans son grand livre, Pour une critique de la raison bioéthique : « Dans ses développements actuels la biomédecine n’est pas une avancée comme les autres de nos savoirs et de nos pouvoirs. Elle est cette amorce de mutation vertigineuse où sous bien des rapports la condition humaine elle-même cesse d’être une donnée irréformable. » Or nos existences d’humains, acceptons-le, ont des limites et des exigences au-delà desquelles nous cesserions d’être le genre humain.

Mais ces possibilités, que nous n’avons pas toutes envisagées et qui méritent rapidement de l’être, nous confèrent, assumons-le, des responsabilités incommensurables. Je forme le vœu que le questionnement éthique qui a affleuré lors de notre discussion puisse irriguer bien au-delà du champ de la médecine et de la biologie pour atteindre, par exemple, ceux du travail et de l’environnement. Quelle humanité voulons-nous être ? (Applaudissements sur les bancs des groupes GDR, FI et SOC.)

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Vote solennel

Analyse du scrutin public : Pt Bioéthique - 15 octobre 2019

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Pierre
Dharreville

Député des Bouches-du-Rhône (13ème circonscription)

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