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Explications de vote et scrutins

Statut Citoyen sauveteur

Comment ne pas être sensible au problème soulevé par la proposition de loi et à la perspective de réduire significativement le nombre de décès par arrêt cardiaque ? Chaque année, cela a été dit, plus de 40 000 personnes meurent faute de soins immédiats, soit dix fois plus que le nombre de victimes de la route.

Vous l’avez clairement rappelé, monsieur le rapporteur : les premières minutes sont décisives, puisqu’en l’absence de tout massage cardiaque, les chances de survie d’une victime déclinent à chaque minute perdue. En France, ces chances sont seulement de 5 % à 7 %, alors qu’elles s’élèvent à 20 %, voire à 40 % dans certains pays scandinaves ou anglo-saxons. Travailler sur la capacité d’intervention de citoyens sauveteurs dès les premiers instants est donc indispensable si l’on veut réduire de manière significative le nombre de décès.

En avril 2017, le rapport Faure-Pelloux sur la généralisation au plus grand nombre de la formation aux gestes qui sauvent s’inquiétait de ce que le taux de formation de la population française dans ce domaine soit parmi les plus bas du monde. Il préconisait quatre grandes actions pour atteindre un taux de formation de la population de 80 %.

L’Académie de médecine a confirmé cet avis dans son rapport du 2 octobre dernier, dont la principale recommandation est qu’il faut former toute la population française aux gestes qui sauvent. Elle rappelle en effet que « l’éducation du public est le point clé de l’amélioration de la survie ». Certes, il convient que cette éducation commence dès l’école, mais le rapport préconise que la formation soit répétée au moins tous les cinq ans, et rendue obligatoire à certains moments de la vie citoyenne, tels que l’entrée à l’université, le service civique, l’obtention du permis de conduire, l’admission à la retraite et encore l’inscription dans les clubs sportifs.

La proposition de loi s’inspirant de ces préconisations, nous ne pouvons qu’en partager les objectifs : sensibiliser aux gestes qui sauvent et créer, conformément au souhait des professionnels de santé, un statut de citoyen sauveteur.

Cependant, atteindre les objectifs ambitieux de formation nécessiterait l’implication de nombreux intervenants, qui, bien que n’ayant pas le statut officiel de formateur, peuvent parfaitement dispenser des initiations aux gestes qui sauvent. Je pense en particulier aux enseignants, aux personnels de santé. C’est ainsi que le président de la Fédération nationale des sapeurs-pompiers de France et celui de l’Association des médecins urgentistes de France proposent d’ouvrir la possibilité de dispenser des initiations aux gestes qui sauvent à des profils plus légers, par exemple à des initiateurs ayant suivi des formations non qualifiantes auprès de la Fédération nationale de la protection civile ou de la Croix-Rouge.

Si les premières minutes suivant un accident cardio-vasculaire majeur sont décisives, nous ne perdons pas pour autant de vue que la survie du patient dépend aussi de la fiabilité de toute la chaîne d’intervention. Or celle-ci est particulièrement affaiblie. Les pompiers manifestent, entre autres raisons, pour dénoncer un déficit de financement de 60 000 à 80 000 euros par caserne ; les services d’urgences sont eux-mêmes en grande difficulté.

C’est pourquoi, si le groupe de la Gauche démocrate et républicaine votera bien évidemment en faveur de la présente proposition de loi, qui va dans le bon sens, il est indispensable de souligner que celle-ci prendrait tout son sens si elle était insérée dans un vaste plan de renforcement de l’ensemble de la chaîne d’intervention. (Applaudissements sur les bancs du groupe FI.)

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Stéphane
Peu

Député de Seine-Saint-Denis (2ème circonscription)

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