Interventions

Explications de vote et scrutins

Ecole de la confiance

Je dois vous confier que les débats relatifs au projet de loi pour une école de la confiance m’ont laissé un goût amer. Cela s’explique tout d’abord, monsieur le ministre, par votre bienveillance à l’égard de propositions qui n’arrangeront rien et qui, peut-être même, aggraveront les maux dont souffre l’école. Vous avez tenté de faire dévier les questions si importantes touchant aux inégalités dont souffre l’école vers des thématiques identitaires. Vous avez donné à plusieurs reprises votre consentement à une laïcité dévoyée, au travers d’un féminisme prôné par quelques-uns, qui y prêtent si peu d’attention en temps ordinaire.
Monsieur le ministre, vous ayez été à l’écoute de ces propositions, plutôt que de vous employer à l’application réelle des valeurs républicaines, tout en ayant fait la sourde oreille au mal-être des enseignants et des enseignants, à la dégradation de leurs conditions de travail et d’enseignement, aux violences scolaires et au malaise des AESH et des AVS – auxiliaires de vie scolaire. Tout cela en dit long sur le projet de loi que vous nous avez présenté – et je ne parle pas des évolutions qu’il a connues au cours de son examen dans notre hémicycle.
En une semaine, vous auriez pu prendre le temps de dire combien l’école publique doit être défendue au travers de l’application réelle de ses valeurs républicaines. Vous auriez pu défendre un cadre national. Vous préférez déstructurer celui-ci, de même que la fonction publique.
Nous avons passé, par exemple, énormément de temps sur le formulaire « parent 1 et parent 2 », qui existe déjà dans de nombreuses collectivités et ne pose de problème à personne, je suis témoin de cette expérimentation. En revanche, trop peu de temps a été consacré à la réflexion sur un véritable statut pour les AESH. (Brouhaha.)
Mais je reviens au texte lui-même, qui comprend bien trop de mesures déstructurant le cadre national de l’éducation. J’affirme que ce cadre national, s’il ne suffit pas à régler le problème d’égalité, constitue une condition pour la réussite de chacun et chacune, et pour une école qui considère chacun et chacun comme capable. (Brouhaha persistant.)
Cette déstructuration va de pair avec une reprise en main ferme, autoritaire, de l’éducation par le ministère et par le ministre lui-même. On le constate au travers de l’article 1er, que vous vous étiez engagés à modifier mais qui ne l’a pas été. C’est évidemment perçu comme une défiance envers la profession, comme une atteinte à la liberté d’expression de tous les citoyens.
Cet autoritarisme se retrouve aussi dans le choix de direction des futurs INSPE et dans la suppression du CNESCO au profit du Conseil d’évaluation de l’école, placé sous votre houlette. Il suffit aussi de comptabiliser, par exemple, l’occurrence du mot « contrôle » dans le texte ; c’est révélateur de l’esprit du projet de loi.
Monsieur le ministre, vous vous réclamez sans cesse de Jean Zay et de Jules Ferry, mais cela ne rendra pas votre texte plus juste pour les professeurs et l’ensemble des élèves.
Il conduit à l’accélération d’un enseignement à deux vitesses. Nous le constatons notamment au travers de la création des EPLEI – établissements publics locaux d’enseignement international –, qui dérogeront au socle commun éducatif, bénéficieront de fonds privés et seront gratuits pour les enfants les plus aisés et les enfants d’expatriés, alors que, dans le même temps, vous et votre gouvernement avec augmenté de manière très significative les frais d’inscription pour les étudiants étrangers. (Applaudissements sur les bancs des groupes FI et GDR.)
L’ensemble de ces mesures renforcent la mise en place d’un parcours d’initiés pour un nombre restreint d’enfants triés sur le volet. Vous actez fièrement la création des ZEP, les zones d’éducation privilégiées. Il n’y a rien, en revanche, sur la demande de revalorisation salariale des professeurs, qui ont perdu près de la moitié de leur pouvoir d’achat depuis les années 80.
Le salaire de ces agents recrutés à bac plus cinq, n’est à la hauteur ni de leurs études, ni de leurs missions, ni de leurs responsabilités, ni de la moyenne des salaires des autres fonctionnaires de catégorie A, ni même encore des salaires des autres enseignants européens. (Applaudissements sur les bancs du groupe GDR et sur quelques bancs du groupe FI.)
À une demande de revalorisation salariale et d’une élévation du niveau de qualification, vous opposez la création d’une masse d’étudiants précaires, sans diplôme ni formation pédagogique. Vous gérez la pénurie.
Ce projet de loi, comme la suppression de 2 600 postes d’enseignants dans les lycées et collèges, répond davantage aux injonctions du Comité d’action publique 2022 qu’aux exigences d’égalité si nécessaires à une société émancipatrice. Les députés communistes du groupe GDR voteront résolument contre le projet de loi. (Applaudissements sur les bancs des groupes GDR et FI ainsi que sur quelques bancs du groupe SOC.)

Imprimer cet article

Thématiques :

Affaires économiques Lois Finances Développement durable Affaires sociales Défense nationale Affaires étrangères Culture et éducation Voir toutes les thématiques