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Motions de censure

Motion de censure LR

Après l’électrochoc social et territorial du mouvement des gilets jaunes, symbole d’une République fractionnée, de territoires oubliés et d’habitants qui n’en peuvent plus d’être humiliés, le grand débat national lancé à Grand Bourgtheroulde nous promettait une nouvelle phase du quinquennat, fondée sur un changement de méthode : écoute, dialogue, proximité. Comme si le président des riches avait subitement pris conscience que l’urgence était désormais de réconcilier la France avec elle-même.

À la fin de l’été 2019, Emmanuel Macron n’avait-il pas promis, au journal télévisé de France 2, un grand débat sur le régime universel de retraite ? Il disait : « Je veux qu’on incarne le changement de méthode que j’ai souhaité, c’est-à-dire qu’on va la construire tous ensemble, cette réforme ». Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’avec le recours brutal, isolé et inopportun au 49.3, l’échec du Président de la République et de sa majorité est sans appel.

Comment pouvait-il en être autrement puisque, dès le début, les règles du jeu préétablies et les conclusions prérédigées du rapport Delevoye sont venues déséquilibrer le dialogue social, dont l’échec de la conférence de financement vient aujourd’hui de sonner le glas ? Comment pouvait-il en être autrement avec un pouvoir qui dit aux corps constitués, dans une forme de mépris : « Ne vous occupez de rien, je m’occupe du reste » ? Autrement dit, vous voulez parler retraite sans associer les organisations syndicales et en dehors du Parlement, mais pas touche au taux de cotisation, pas touche à l’assiette pour des alternatives de financement et hors de question – universalité oblige – de prendre en compte la spécificité des métiers ou même la place singulière des femmes ! La seule variable que vous pourrez discuter, c’est l’âge de départ !

Comment pouvait-il en être autrement avec une étude d’impact pipée, tronquée et approximative, non seulement du point de vue de l’opposition – ce qui, dans une démocratie, est plutôt sain –, mais de celui de la plus haute juridiction de notre pays, le Conseil d’État, et de l’ensemble des spécialistes, y compris de ceux qui avaient inspiré votre réforme ? Cette insécurité juridique légitime la demande d’une commission d’enquête sur l’étude d’impact, formulée par nos collègues du groupe Socialistes et apparentés.

Depuis le début donc, vous marchez seuls : contre les organisations syndicales, que vous avez voulu affaiblir avec la casse du droit du travail ; contre les corps constitués ; contre l’opinion publique, trop imbécile à vos yeux pour mesurer la subtilité du texte ou pour être autorisée à s’exprimer par voie référendaire ; contre les agriculteurs, que vous roulez dans la farine ; contre les avocats. Au point qu’il n’y a plus personne aujourd’hui, pas même le MEDEF, pour vous défendre.

Mais seuls aussi contre vos oppositions qui, bien que diverses – cela n’a échappé à personne –, ont su se rassembler pour faire obstacle à un projet qui abîme la France et son pacte social hérité du Conseil national de la Résistance.

Contrairement aux éléments de langage distribués dès le début aux membres de la majorité, les débats en commission spéciale, et même dans l’hémicycle, ont été sérieux, argumentés et de qualité.

Cependant, nous avons vite constaté que les questions posées, qu’elles l’aient été avec l’expertise du président Woerth sur votre incapacité à produire des maquettes financières, avec la sagacité de Boris Vallaud sur l’inconstitutionnalité de la réforme – et je ne parle pas uniquement des mesures relatives aux enseignants –, ou avec la combativité des communistes et des insoumis, vous ont profondément dérangés et indisposés ; qu’elles vous ont rendus et vous rendent encore fébriles face à une opinion publique toujours aussi peu convaincue. (Mme Marie-George Buffet applaudit.)

Taux de remplacement, pénibilité, espérance de vie en bonne santé, inégalités entre les femmes et les hommes, valeur du point, épaisseur du paquet de Smarties que vous livrerez à la capitalisation : autant de questions qui sont restées sans réponse.

Chers collègues, pour être tout à fait transparents, fidèles à l’héritage du Conseil national de la Résistance, nous avions envisagé de voter la motion déposée par Les Républicains, avec l’objectif unique de sanctionner le Gouvernement. Mais force est de constater que les gaullistes ont déserté les bancs de la droite. (Protestations sur les bancs du groupe LR.)

Le sectarisme de l’intervention du président Abad et le recul que son projet représente pour les salariés, les fonctionnaires et les régimes spéciaux, dont nous sommes les porte-voix, ne nous le permettent pas et nous le regrettons. (Applaudissements sur les bancs des groupes GDR et SOC.)

Quand la droite propose de travailler jusqu’à 65 ans, nous pensons au contraire qu’il est possible de financer une retraite juste, solide et solidaire dès 60 ans. Quand la droite désigne les régimes spéciaux comme des privilèges, nous pensons d’abord que les privilèges sont ailleurs, chez les hauts revenus que votre réforme câline, et qu’il est possible de niveler par le haut, suivant l’exemple des régimes des marins, des cheminots et des électriciens et gaziers, pour faire profiter le plus grand nombre de ces conquis sociaux.

Face aux libéraux que vous êtes face à l’abandon par la droite d’une certaine idée de l’État – un État qui prend soin et qui protège –, de la loi qui régule et du paritarisme, le groupe de la Gauche démocrate et républicaine considère cette journée comme une étape, pour qu’en lien avec le mouvement social et la colère de la rue, cet acte brutal, autoritaire et solitaire qu’est le recours au 49.3 soit sanctionné aujourd’hui et demain matin. (Applaudissements sur les bancs des groupes GDR et SOC.)

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Sébastien
Jumel

Député de Seine-Maritime (6ème circonscription)

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