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Questions au gouvernement

Rassemblement de la gauche après les élections départementales

Monsieur le Premier ministre, dimanche dernier, les électeurs ont crié leur colère, leur désespoir et leur lassitude. (« Eh oui ! » sur les bancs du groupe UMP.) La gauche a subi une nouvelle fois une lourde défaite, nourrie des inégalités croissantes, de la précarité et de la division.
Monsieur le Premier ministre, je vous le dis solennellement, j’ai mal à ma France (Exclamations sur les bancs du groupe UMP) quand je vois l’extrême droite progresser en mettant en cause nos valeurs républicaines, quand je vois la droite gagner pour mettre à bas les politiques de solidarité menées par la gauche dans les départements. (Exclamations sur les bancs du groupe UMP.)
Monsieur le Premier ministre, l’heure est trop grave pour que les anathèmes remplacent le débat et que le refus de tout dialogue soit l’unique réponse. Il ne faut ni ignorer le message, ni s’exonérer de l’effort de réflexion et d’ouverture nécessaire pour répondre à la souffrance sociale, à la peur du déclassement, à la perte de substance industrielle, à la montée des frustrations et de la haine.
La situation est telle qu’il ne sert à rien de répéter en boucle qu’il n’y a pas d’autre politique possible, qu’il faudrait s’accommoder des recettes du MEDEF, de la finance ou de Bruxelles. Il faut rassembler les femmes et les hommes de bonne volonté qui n’acceptent pas la dictature des marchés et attendent d’un gouvernement de gauche qu’il porte une grande ambition sociale.
M. Christian Jacob. Rappelez Ayrault !
M. Nicolas Sansu. Nos concitoyens aspirent à l’emploi, au renforcement de leur pouvoir d’achat, à des services publics et une protection sociale de qualité. Il est nécessaire d’engager une grande réforme fiscale, de baisser l’impôt des plus modestes, d’augmenter celui des plus riches, de baisser l’impôt des PME et de pénaliser la finance.
Nous avons besoin d’un programme ambitieux de relance de l’investissement public pour doper l’emploi et réussir la transition énergétique. Sur un tel programme, vous pourriez rassembler toute la majorité de gauche élue en 2012.
Monsieur le Premier ministre, c’est l’échec de la politique menée et l’entêtement à la poursuivre qui créent la division. Oui, pour la France, pour le peuple, au-delà des postures, dessinons un nouveau cap ! (Applaudissements sur les bancs du groupe GDR.)
M. le président. La parole est à M. le Premier ministre.
M. Manuel Valls, Premier ministre. Monsieur Nicolas Sansu, je suis heureux de votre question car je n’ai pas eu l’occasion de répondre hier à votre groupe, alors que je me suis adressé à la quasi-totalité de ceux qui siègent dans cette assemblée.
M. Christian Jacob. Ce fut interprété comme du mépris !
M. Manuel Valls, Premier ministre. Vous avez eu raison de souligner que le résultat des élections départementales est clair : la droite républicaine l’a emporté et la gauche, toute la gauche a perdu. Il est de notre devoir…
M. Guy Geoffroy. De partir !
M. Manuel Valls, Premier ministre. …je l’ai dit dès dimanche soir, de tirer les leçons de ce scrutin.
M. Christian Jacob. Et de rappeler Ayrault.
M. Manuel Valls, Premier ministre. Le Gouvernement se veut à l’écoute des Françaises et des Français, et bien sûr, mais pas seulement, de la majorité parlementaire et de la majorité présidentielle. Notre conviction, ma conviction est qu’il faut continuer à redresser l’économie de notre pays, condition indispensable, nécessaire pour faire baisser chômage et améliorer la vie quotidienne de nos concitoyens.
Cette colère, et c’est le mot que j’ai utilisé dimanche, cette souffrance, ce sentiment d’abandon, nous les vivons, nous les entendons tous. Les solutions doivent être discutées. C’est aussi pour cette raison que nous voulons aller plus loin pour soutenir l’investissement privé et public sans dégrader nos comptes publics. Nous voyons bien en effet que nous avons besoin – cela peut être une différence avec d’autres pays – à un moment où la croissance revient, mais sans résultats concrets pour les Français, de faire davantage en faveur de la compétitivité de nos entreprises et de l’investissement public et privé.
Nous devons aussi, vous l’avez rappelé, répondre à la crise de confiance des Français envers leurs élus, qui s’est traduite par un vote massif en faveur de l’extrême droite dans un certain nombre de territoires et par une abstention qui, scrutin après scrutin, reste trop élevée.
La question essentielle, vous le rappeliez également, est de mobiliser autour des valeurs de la République. Nous poursuivrons donc des chantiers essentiels à mes yeux en matière de citoyenneté, d’égalité des territoires, qu’ils soient ruraux, péri-urbains ou urbains, d’école, mais aussi de laïcité républicaine.
Mais au-delà des mots, vous l’avez dit à juste titre, il faut des résultats concrets. Quand on parle de ruralité, de maisons de services publics, de centres de santé, de haut débit, cela doit se traduire concrètement pour les Français. Quand on parle de retour à l’emploi, avec la prime d’activité dont nous allons parler ensemble, au Parlement, on parle d’un vrai retour au travail.
Il existe un débat, très répandu et qui personnellement me gêne, sur l’assistanat. Beaucoup de nos compatriotes, souvent des ouvriers, des chômeurs, se plaignent que l’on ne fasse rien pour eux et tout pour « l’autre », parfois avec des ambiguïtés qu’il faut dénoncer au nom de nos valeurs.
Mais nous devons entendre le message : la valeur travail, vous le comprendrez parfaitement, monsieur Sansu, est profondément ancrée dans notre pays et il faut le prendre en compte. Eu égard au chômage de masse qui sévit depuis des années, nous voyons bien que c’est incontestablement cette réponse qu’il faut apporter.
Alors oui au rassemblement, mais un rassemblement sur le fond. Pas l’unité pour l’unité, même si elle est indispensable, mais le rassemblement. Mon gouvernement est ouvert à toute proposition, à toute discussion qui permettent d’avancer pour l’intérêt des Français. (Applaudissements sur de nombreux bancs des groupes SRC, écologiste et RRDP.)

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Nicolas
Sansu

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