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Mesures à prendre pour réduire la dépendance industrielle de la France

La crise sanitaire que nous traversons démontre avec force la dépendance et la fragilité industrielle de la France, où l’État doit garantir la sécurité sanitaire des citoyens. La réalité a illustré la dépendance flagrante des industriels et des consommateurs européens à l’égard de productions délocalisées, en particulier chinoises. La déstructuration du tissu économique a accentué la fragilité de l’industrie européenne, incapable de répondre aux besoins essentiels des populations, notamment en termes de masques de protection. L’économie étant organisée selon le dogme ultralibéral, la concentration des activités industrielles se produit dans les zones où le droit du travail est le plus avantageux pour la rentabilité financière. il faut produire à moindre coût, quitte à produire à l’autre bout du monde !

La crise liée à la pandémie du covid-19 a mis en relief les effets négatifs de cette vision libérale de l’économie. La combinaison d’une crise sanitaire et d’une crise économique replace le principe de l’État-stratège au rang des priorités : l’État doit pouvoir définir ce qu’est une entreprise indispensable à notre santé et en dresser la liste. Il est par exemple indispensable de pouvoir produire localement des masques, des blouses, des charlottes, des appareils respiratoires et de l’oxygène médical. Des nationalisations stratégiques doivent être effectuées dans ces entreprises-clés afin de planifier la production en fonction d’un seul besoin humain et non d’un impératif financier.

Cette crise sanitaire a révélé les limites et les dangers d’un tel fonctionnement.

Comment expliquer que l’on ait pu assister, au cœur de la sixième puissance mondiale, à des scènes surréalistes pour pallier le manque d’anticipation de l’État ? Comment expliquer que certains hôpitaux, en manque de protection pour leur personnel soignant, aient dû réaliser des patrons et faire appel à des couturières bénévoles ? Comment expliquer que les soignants des premières lignes aient dû utiliser des masques périmés faute de mieux ? Comment expliquer que l’État n’ait pas choisi de nationaliser Luxfer, seule entreprise de l’Union européenne à fabriquer des bouteilles de gaz, alors que le risque de pénurie était élevé ?

Il est urgent de tirer toutes les leçons de cette crise et d’annoncer des mesures concrètes pour réduire la dépendance industrielle de la France. Il faut joindre les actes à la parole, puisque M. le ministre de l’économie et des finances compte « utiliser tous les instruments pour protéger les entreprises françaises » – et d’ajouter :« cela peut passer par des recapitalisations, cela peut passer par des prises de participation, je peux même employer le terme nationalisation si nécessaire ».

M. le président. La parole est à Mme la secrétaire d’État auprès du ministre de l’économie et des finances.
Mme Agnès Pannier-Runacher, secrétaire d’État auprès du ministre de l’économie et des finances. Nous pouvons être fiers de la mobilisation de l’industrie française dans cette crise. Il n’y a besoin ni de réquisitions, ni de nationalisations pour cela. Nous avons agi en État stratège en sollicitant l’industrie pour qu’elle se tourne vers de nouvelles productions, en l’accompagnant dans la montée en charge de celles-ci, en organisant un consortium regroupant les quatre plus grandes entreprises industrielles du pays pour produire des respirateurs, en innovant avec la filière textile, en mettant au point, en quinze jours, des masques lavables à filtration garantie que nous envient nos voisins, en convertissant un fournisseur français de cotons-tiges en producteur d’écouvillons pour les tests, en multipliant par six la production de masques chirurgicaux et FFP2.

Mais vous avez raison, monsieur le député, il s’agit là d’actions de crise, non d’anticipation. Le deuxième volet que nous devons maintenant déployer concerne la reprise en main de notre souveraineté industrielle et à l’échelle européenne. Nous avions anticipé cette question : vous avez évoqué les propos de Bruno Le Maire, mais il y a également eu des actes, comme la mission, confiée à M. Jacques Biot par Mme Agnès Buzyn, visant à analyser les causes des pénuries de médicaments, ou le travail mené par le Conseil stratégique des industries de santé pour accélérer les relocalisations et réimplantations de sites de production de médicaments et de dispositifs médicaux en France. La vision de cette politique ne s’attache pas qu’au coût de la santé, elle est également industrielle, car nous savons désormais qu’une logistique mondiale disponible à tout moment n’existe pas. Dans les moments de crise, il faut pouvoir compter sur la France, sur l’Europe et sur nos industries.

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Alain
Bruneel

Député du Nord (16ème circonscription)

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