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Explications de vote et scrutins

Immigration et droit d’asile

Monsieur le président, monsieur le ministre d’État, madame la ministre, monsieur le secrétaire d’État chargé des relations avec le Parlement, chers collègues, c’est avec une certaine gravité qu’après sept jours et quelques nuits de débat en séance, mon groupe aborde ce vote sur une loi qui, à nos yeux comme aux yeux de beaucoup d’autres, affaiblit le droit d’asile.

Ce texte affaiblira aussi considérablement les droits et garanties des étrangers. À force d’affaiblir les droits des uns, il finira par affaiblir ceux des autres.

C’est une loi que beaucoup au Conseil d’État jugent inutile, énième loi non évaluée sur les droits des étrangers, une loi inefficace dont nous savons qu’elle complexifiera encore les parcours. Surtout, c’est une loi communicationnelle, qui vient flatter celles et ceux qui ont la peur pour curseur de leurs choix politiques.

C’est une loi qui fera encore un peu plus des étrangers les boucs émissaires d’une colère pourtant légitime contre les politiques d’austérité, une loi qui, à l’image de la circulaire Collomb, organise la concurrence des misères faute de les régler.

Ces sept jours de séance ont laissé une tribune extrêmement importante à la haine et aux idées xénophobes.

C’est une loi qui fait de l’étranger un suspect, alors que dans une période comme la nôtre, où quelques-uns prennent un hélicoptère pour empêcher des personnes en sandales de franchir des sommets, tous les démocrates et les républicains, au sens non partisan, devraient s’attacher à combattre la haine et le rejet de l’autre.

Pendant ces sept jours, on a vu une partie importante de la droite et de l’extrême droite répondre en permanence au Gouvernement et à la majorité qu’ils n’allaient pas assez loin. Alors la majorité a tenté, vainement, d’expliquer qu’elle avait trouvé le point d’équilibre entre la gauche et la droite.

Peut-être n’avez-vous pas perçu, monsieur le ministre d’État, mesdames, messieurs les députés de la majorité, que, de notre côté, nous n’avons pas dit que vous alliez trop loin. Nous avons dit que vous ne preniez pas le bon chemin : ni pour la paix, ni pour la justice, ni pour le respect des droits, ni, surtout, pour faire appel à l’intelligence collective et pour penser le monde de demain.

Parce que l’humanité de demain se prépare par l’accueil d’aujourd’hui, en traitant des causes qui font que des êtres humains sont obligés de fuir.

Votre texte est celui de l’expulsion, de la répression. Vous estimez qu’il sera dissuasif pour ces personnes qui sont obligées de fuir. Mais qui peut encore le penser aujourd’hui, notamment en songeant aux déplacés climatiques ?

Il convie également ce terme affreux, entendu plusieurs fois dans l’hémicycle, d’« appel d’air » – quelque chose qui n’existe pas, mais qui est agitée en permanence, comme un chiffon noir.

Nous ne sommes pas confrontés à une crise de l’accueil, mais à une crise migratoire. Aujourd’hui, les migrations, doit-on le rappeler, s’effectuent majoritairement du Sud vers le Sud. Pour celles et ceux qui veulent rejoindre l’Europe, rappelons que migrer tue : la belle Méditerranée est aujourd’hui une frontière qui fait des milliers de morts.

Mais pour asseoir la réduction des droits dans ce projet de loi, il vous fallait bien installer l’idée de « submersion », terme utilisé depuis des décennies par l’extrême droite. Cela vous permet de justifier un enfermement des enfants en centres de rétention deux fois plus important ! Je veux vous dire à quel point cela affaiblit notre pays. Cela affaiblit le pays des droits de l’homme et donc sa parole à l’échelle internationale, pour faire respecter le droit partout. Ainsi, vous ne fortifiez pas la justice, vous justifiez la force.

La France n’a pas pris sa part de solidarité dans toute l’Europe. Ce soir, je pense à toutes celles et tous ceux qui se sont battus et qui continueront de se battre contre cette loi, contre la réduction des droits. Je pense à des migrants que j’ai rencontrés pour préparer ce débat car, pour eux, la suite risque d’être compliquée.

C’est donc avec gravité et une forme de rage froide que nous allons vous regarder voter ce texte. Mais c’est déterminés, combatifs et résolus, aux côtés de ceux qui sont pour le droit, pour la justice et pour la paix, que nous voterons contre ce texte.

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Elsa
Faucillon

Députée des Hauts-de-Seine (1ère circonscription)

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