Interventions

Explications de vote et scrutins

3e PLFR pour 2020

Je vais faire au plus court mais nous venons de délibérer pendant des jours et des nuits sur des centaines de milliards d’euros destinés à soutenir l’économie, les services publics et les salariés du pays. Au moment de passer au vote, il est donc normal que l’on puisse s’expliquer.

Le groupe des députés communistes a trouvé dans ce texte des points positifs. Nous avons d’ailleurs voté l’article 5. Nous avons approuvé les dispositions visant à apporter une aide aux communes, à annuler les cotisations pour les TPE et PME, à débloquer une partie de l’épargne retraite des entrepreneurs, à aider les étudiants boursiers ou à soutenir Mayotte, la Guyane – je pense notamment aux amendements défendus par notre collègue Gabriel Serville – et la Polynésie française. Tout cela va dans le bon sens, même si nous aurions aimé que certaines de ces dispositions aillent plus loin.

Pour autant, nous ne pouvons nous satisfaire, encore une fois, d’un projet de loi de finances rectificative qui injectera des dizaines de milliards d’euros dans l’économie et dans les entreprises, sous forme de prêts ou d’aides diverses, alors que chaque jour les plans sociaux tombent en cascade sur le pays, fragilisant toujours plus son industrie.

Aujourd’hui même, dans l’est de la France, nous avons appris qu’Alstom allait vendre son site de Reichshoffen, où 800 emplois vont être menacés. La semaine dernière, c’était Mercedes qui annonçait mettre en vente son usine de production de la Smart : 1 300 emplois sont concernés. Ces deux sites de Hambach et de Reichshoffen ne sont éloignés que de soixante-dix kilomètres : imaginez donc l’impact que cela va avoir sur les habitants de cette région !

Je pourrais vous parler des salariés de Nokia : 1 233 emplois supprimés alors qu’en 2015, le ministre de l’économie et des finances, M. Macron, aujourd’hui Président de la République, avait promis qu’aucun emploi ne serait supprimé, qu’il y aurait un grand champion européen en France et que cette entreprise allait investir dans la recherche. Or, aujourd’hui, les deux tiers des emplois supprimés concernent la recherche et développement : ils vont être délocalisés en Inde et en Pologne.

Je pourrais vous parler de Sanofi, qui supprime 1 000 emplois. Si le groupe met en œuvre son plan, 200 médicaments d’intérêt thérapeutique majeur qui sont aujourd’hui produits dans notre pays ne le seront plus demain. Sanofi a distribué 3,9 milliards d’euros de dividendes en 2019 ; il a perçu 120 millions d’euros de crédit d’impôt recherche et 200 millions d’euros d’aides de l’État dans le cadre du plan que nous présentons ici. Cette entreprise revêt un intérêt stratégique important, puisqu’elle opère dans le domaine de la santé, qui n’est pas une marchandise – elle le devient malheureusement aujourd’hui –, mais au nom des intérêts supérieurs des actionnaires, ce sont 1 000 emplois qui seront supprimés dans notre pays.

Je pourrais vous parler d’Air France, qui supprimera 7 000 emplois, d’Airbus, qui en supprimera 1 380, ou encore d’Hutchinson, filiale à 100 % du groupe Total, champion français de distribution de dividendes, qui supprimera des emplois mais préservera la rémunération de ses actionnaires, qui seront les premiers gagnants de cette opération.

À côté de ces milliers de suppressions d’emplois, nous adoptons un plan de sauvegarde de l’aéronautique à 15 milliards d’euros et un plan de sauvegarde de l’automobile à 5 milliards d’euros. Comment voulez-vous que les Français comprennent ce qui est en train de se passer dans notre pays ? Nous, députés, nous adoptons ici des mesures qui coûtent des centaines de milliards d’euros d’argent public mais se traduisent par des milliers de suppressions d’emplois. C’est inacceptable, et c’est bien la raison pour laquelle monte, en ce moment dans le pays, une exigence de plus en plus forte : tout cet argent injecté aujourd’hui dans l’économie doit être conditionné, au moins, au maintien des emplois et à des engagements environnementaux. Justement, le Haut Conseil pour le climat, qui s’est exprimé hier, a regretté que les versements d’argent public destinés aux secteurs aérien et automobile ne soient accompagnés d’aucune mesure contraignante visant à protéger l’environnement et le climat.

Entendez cette colère qui gronde dans le pays ! Entendez toutes ces familles qui vont avoir du mal à payer le crédit de la maison, les études des enfants, et qui vont vous entendre dire que 460 milliards d’euros d’argent public – leur argent, l’argent des contribuables – vont être dépensés pour soutenir l’économie ! C’est incompréhensible pour tous ces salariés et tous ces territoires, et c’est pour cette raison qu’encore une fois, le groupe communiste ne votera pas ce projet de loi de finances rectificative.

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Fabien
Roussel

Député du Nord (20ème circonscription)

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